Bloguer en Suisse romande et alémanique, un véritable job?

2 Blogueuses suisses se dévoilent:
The Blondie Diary et Mademoiselle No More

En Suisse, la blogosphère existe bel et bien. Il y aurait environ 850 blogs dont plus de 350 pour la Romandie et 500 du côté alémanique, selon Matthieu Corthésy. Il est rédacteur de pme-web.ch et créateur d’un annuaire de blogs romands.

Mais la question qui me taraude, peut-on en vivre ? Il ne semble pas que cela soit monnaie courante chez les Helvètes : « Entre 5 et 10 en vivent, mais ce n’est pas facile de monétiser son audience. », d’après le blogueur. Impossible de ne pas évoquer la célébrissime Suissesse Kristina Bazan et son blog mode Kayture. Elle a d’ailleurs tellement bien réussi qu’« elle a déménagé ». Son assistante invoque cette cause et en conséquence son indisponibilité, quand je la contacte pour une interview…

Une spécialiste zurichoise ès mariage et une bloggeuse-modeuse lausannoise

En passant de l’annuaire à l’annulaire, voici notre première bloggeuse-journaliste qui a bien voulu se prêter au jeu des questions / réponses. Plantons le décor : rencontre dans un salon de cupcakes très cosy, girly et friendly à Zurich avec Deborah alias Mademoiselle No More. C’est en préparant son mariage en 2012, qu’elle s’est rendue compte du vide blogosphérique suisse. La demoiselle cherchait des idées et des inspirations pour tailler son Jour-J sur mesure. Les détails de strass incrustés sur du beau tissu, les bouquets de pivoines et les souliers de Cendrillon, Déborah les a trouvés sur des blogs américains et allemands. A jailli l’idée d’adapter le concept de wedding-blogueuse pour les brides to be suissesses. En 2013, elle devient alors Mademoiselle No More : « Je me suis donné un an, sans faire de l’argent, pour faire des contacts et gagner des lectrices, par passion. C’était d’ailleurs plus facile, une fois que Google m’a trouvée. » Actuellement, cette trentenaire travaille à 80% et se consacre le reste du temps à ses activités de bloguiste. Son mari s’occupe du marketing depuis 2015. L’union fait la force!

The Blondie Diary, qui s’appelle Morgane, est un moodboard de ses tenues quotidiennes ou plus élaborées, de bribes de voyage et de conseils sur des produits cosmétiques : « Tout travail mérite salaire ou produits. » La Lausannoise fêtera ses 28 printemps et les 4 ans de son blog. Elle a aussi trouvé chaussure à son pied. Son compagnon, Luca, qui fait partie de l’aventure depuis 2012, en prenant les photos, renchérit : « Au début, c’est difficile de demander d’être payé. » Une de leurs marques de fabrique : une petite robe portée avec des baskets. Pour ses clichés, Morgane arpente souvent Genève et Lausanne, ville où l’on s’est rencontrées dans un bar. Assez réservée, la modeuse ne prend pas des grands airs de it-girl, bien qu’elle s’expose volontiers dans la vie virtuelle. Dans la professionnelle, elle occupe un poste de commerciale à 100% pour un journal gratuit.

Vivre d’un blog en Suisse ?

Pour Morgane, au niveau du temps, c’est un réel challenge et un véritable job : « Il y a des événements auxquels il faut participer en plus des articles. C’est vrai que ça peut sembler futile et j’imagine que le blog, c’est éphémère. Pourtant, je rêverais d’en vivre. » Aujourd’hui, The Blondie Diary reçoit avant tout des contributions matérielles, des produits, des habits et des bons de la part des marques avec qui elle a conclu un partenariat. Mensuellement, il est difficile de quantifier exactement combien cela représente, mais environ 200 à 300.- CHF, selon la modeuse.

The Blondie Diary MS

Les réseaux sociaux chez The Blondie Diary (relevé de juin 2015)

Quant à notre amoureuse du mariage, qui ne vit pas encore de son blog : « J’aimerais bien, mais je ne sais pas si c’est possible en Suisse. Si j’écrivais en anglais (ndlr : ses posts sont en allemand), peut-être, mais cela représenterait beaucoup plus de travail. En fait, mon but est d’en vivre partiellement et d’avoir du plaisir à le faire. » Deborah ne se définit pas comme une modeuse. Le monde extraordinaire du « plus beau jour de notre vie » se différencie de celui des fashionistas pour la simple et bonne raison que cela n’arrive qu’une fois… ou presque ! Son analyse : « Les marques suisses n’aiment pas dépenser beaucoup pour le mariage et donc pas pour les pubs. Elles disent que c’est trop cher, mais elles n’ont pas encore vraiment découvert la valeur des blogs, sauf ceux de l’univers mode. Quant aux Allemands, ils sont prêts à payer le prix sans discussion. »

Médias sociaux de MNM

Les médias sociaux de Mademoiselle No More (relevé de juin 2015)

Les tâches des blogueurs

Pour percer, il faut être très régulier et avoir plusieurs casquettes : rédacteur, community manager, social media strategist, développeur, etc.

Voici une liste non exhaustive des différentes activités :

  • Etablir une ligne éditoriale,
  • Définir plusieurs stratégies de communication et marketing par social media,
  • Utiliser les réseaux sociaux appropriés et leur bouton sur le blog,
  • Rechercher des idées originales pour se démarquer et faire le buzz,
  • Rédiger des contenus sur son blog et les réseaux sociaux, en plusieurs versions,
  • Faire des photos et / ou les traiter et en rechercher d’autres,
  • Communiquer sur et avec les autres bloggeurs préférés,
  • Créer des newsletter,
  • Etablir des stratégies de publicités,
  • Gérer son référencement / SEO et analyser ses statistiques,
  • Gérer sa communauté : interactions et augmentation,
  • Gérer de potentielles crises,
  • Se tenir informé des nouveautés dans sa branche et dans les médias sociaux,
  • Faire des veilles sur soi, ses thèmes de prédilection et ses concurrents,
  • Etablir et répondre aux relations presse, aux agences et aux marques,
  • Créer un média kit,
  • Elaborer une tabelle de prix suivant les activités demandées par les marques,
  • Gérer son personal branding et sa réputation,
  • Conclure des partenariats, contrats ou mandats,
  • Réseauter,
  • Répondre aux demandes personnelles des fans,
  • Aller à des événements pour se montrer ou à des invitations de partenaires,
  • Organiser des events, des conférences ou des workshops,
  • Sponsoriser des start-up ou des causes

Les mensurations des médias sociaux de ces dames

Le nombre d’abonnés dans les médias sociaux (dans les deux tableaux au-dessus) montre que la stratégie de visibilité sur les réseaux sociaux n’est pas encore à son apogée. Les deux bloggeuses m’ont confié que les demandes de marques ou entreprises augmentent depuis peu. Elles commencent à émerger de la masse. Difficile de consacrer beaucoup de temps dans la recherche de contacts ou de booster sa notoriété en travaillant à 80 ou à 100%. Car voici tout l’enjeu des bloggeurs : rester passionnés en exerçant une activité professionnelle à côté du blog ou se lancer et se donner les moyens pour vivre de son blog. Le bouquet sur le wedding cake, en somme… Mademoiselle No more met en lumière un autre dilemme : « Est-ce que je fais des partenariats avec des gens qui ont des budgets ou avec ceux que j’adore et qui n’ont pas de moyens… ?  »

L’achat de fans est une pratique courante pour faire augmenter sa visibilité en vue de plus d’interactions et de partages, selon Patrick Chareyre, spécialiste d’acquisition de visibilité dans sa société xenoht.ch. Par contre, au vu des abonnés des deux bloggeuses, elles n’en ont certainement pas achetés, comme confirmé par les intéressées. Elles n’ont pas encore une grande audience. Il est facile de contrôler l’achat de suiveurs avec un Twitter-audit.

La masse amène la masse, mais on peut aussi donner l’image de quelqu’un qui ne veut pas « tricher » ou qui n’est pas pressé. Un des avantages de la Suisse, c’est que c’est un pays qui fait rêver. Mademoiselle No More a acquis environ par la moitié de ses fans des Allemands qui s’extasient sur des mariages au milieu des Alpes. Gageons que d’autres amateurs de montagne rejoindront bientôt les communautés de Déborah et de Morgane, qui fait aussi de jolis clichés du Lac Léman et des Alpes. Le fait d’écrire en une autre langue pourrait aussi faire son effet.

Ce que pensent nos blogueuses des réseaux sociaux :

Facebook : Pour Morgane, il faut être constamment sur Facebook. Tous les deux à trois jours, elle poste une photo et un petit contenu textuel. Elle y fait une campagne de pub tous les 6 moins afin d’améliorer sa visibilité et le nombre de fans. Faire participer ses lectrices à ses choix vestimentaires est une stratégie d’interaction. Elle fait des concours aussi, surtout sur son blog.

Selon Deborah, c’est une plateforme intéressante qui amène des internautes à son blog. Elle fait également des campagnes de publicité tous les semestres. Elle diffuse plus de contenus que sur son blog, comme des vidéos. Récemment, un hôtel a invité Mademoiselle No More à passer un weekend pour deux contre un article sur son blog et Facebook. La jeune femme m’a précisé que les critiques pouvaient être positives comme négatives. Elle met aussi en place des concours et notamment sur son blog.

Twitter : C’est le parent pauvre des réseaux sociaux. Il sert de relais de blogs. Ce qui semble difficile, c’est d’être concis (140 caractères moins 20 pour une photo ou une mini-vidéo). Pour le traitement d’image, d’autres réseaux sociaux sont en fait plus appropriés.

Pinterest : Deborah fait des collections de photos selon un thème précis en lien avec le mariage. Elle propose en fait des associations heureuses à ses fans. Elle épingle des photos et s’en sert pour alimenter son blog. Il n’y a pas de problème de droits d’auteur car la source est toujours au bout de l’épingle. Quant à Morgane, elle l’utilise aussi pour son moodboard avec souvent ses photos.

Instagram : De plus en plus de fashionistas-bloggeuses postent sur Instagram. On peut jouer l’échelle régionale, comme The Blondie Diary. Luca, son partenaire, affirme : « C’est son aspect de personne normale et proche qui plaît aussi. » Elle est productrice de ses photos et de ses contenus. Instagram est pratique pour les marques car on ne voit pas de différences au niveau de la forme. Cela reste une photo normalement carrée, même s’il existe maintenant des applications pour le format horizontal. Le placement de produits est plus difficile à détecter comme de la pub pure et dure.

Mademoiselle No More est différente de par son thème de prédilection. Eh oui, on ne se marie pas tous les jours. Elle ne peut donc pas être productrice de ses photos ou très peu, même si parfois elle en utilise de son Big Day. C’est pourquoi Deborah n’utilise pas Instagram. Ce sont les fans, les partenaires, surtout les photographes, qui les lui fournissent. Concernant le contenu, elle est toutefois totalement conceptrice. Il faut dire qu’elle a une expérience journalistique qu’elle met à profit. Elle se démarque par des textes bien écrits, sans faute.

Google + : Mademoiselle No More l’utilise surtout pour le référencement de Google.

The Blondie Diary n’y voit pas tellement d’intérêts pour le moment.

Cercles d'influences

Réseau d’influence chez les blogueurs

Alors des e-influenceuses ?

Nos deux bloggeuses suisses ont bien compris quels éléments permettaient d’influencer leur communauté. Reste à mettre tous ces points en pratique plus régulièrement et à aller chercher les bons partenaires, sans forcément les attendre, les gros bonnets…

  • Avoir de la pub sur son blog et en faire
  • Participer à des events
  • Diffuser du contenu (texte, photos, vidéos)
  • Etre affilié (obtenir une commission sur un panier d’acheteur)
  • Conclure des partenariats (marques, agences et auteurs collaborations)

A leur échelle, elles trouvent influencer en moindre mesure. Mademoiselle No More le dit en ces termes : « Ca commence doucement. Ce n’est pas un but d’influencer, mais de soutenir les mariées et de promouvoir leurs idées. »

Pour The Blondie Diary, elle se gêne, mais finit par émettre l’idée qu’elle est une micro-influenceuse. Morgane ne s’attendait pas forcément à voir des retours positifs sur son activité de blogueuse. Deborah était aussi étonnée d’avoir des commentaires après les trois premiers mois. Les deux blogueuses témoignent d’une solidarité et de belles amitiés entre rédacteurs / trices de blog. C’est d’ailleurs le cercle représentés par la mention « blogs » (voir l’infographie ci-avant). Chez Mademoiselle No More, ce sont avant tout les photographes (partenaires correspondant au cercle « marques ») qui draînent le plus de relations entre les différents cercles du Hochzeit (mariage). Ils aident à créer de la viralité.

Pour conclure, le plaisir est maître-mot chez nos bloggeuses : « une petite fenêtre de respiration et de fraîcheur » d’après Morgane. Chez Deborah, le fait d’être à l’écoute de mariées mises sous pression par leur entourage est aussi très important dans sa démarche. Aller vers ce qui fait plaisir dans un monde virtuel qui devient réel et qui fait rêver. Les marques choient les blogueurs, leur offrent des cadeaux, les invitent à des événements ou à des expériences exceptionnels. Par contre, il faut être assidu, régulier et baser une stratégie sur le long terme. Les résultats ne se voient pas tout de suite. Mouiller la chemise, persévérer et parfois même se tromper : «Des fois, en revoyant mes tenues, je me dis, Mon Dieu ! Ca prouve que j’ai évolué. », avoue Morgane, tout sourire.

En Suisse, la question des différentes langues peut freiner l’essor des blogueurs. Pourquoi ne pas améliorer ses compétences en passant la barrière de rösti !? Du reste, c’est ce que Déborah a fait lors de ces études en Romandie.

Enfin, les deux jeunes femmes sont catégoriques : si le concept d’une marque ne leur plaît pas, elles ne le conseilleront jamais à leur communauté. Question d’honnêteté et de crédibilité, même dans le monde virtuel, qu’est internet…

Et vous, connaissez-vous des blogueurs suisses vivant de leur chef-d’oeuvre?

Lise Leyvraz, @LLeyvraz

PS: N’hésitez pas à commenter et à partager mon article.

En lien aux blogs, blogueuses et blogueurs:

Une réflexion sur “Bloguer en Suisse romande et alémanique, un véritable job?

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