Social porn : immersion dans les réseaux sociaux porno.

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Dès le début de l’ère d’internet, la pornographie est devenue un des piliers, sinon le pilier, du monde digital. Ne soyons pas dupes et reconnaissons que le travail de « purification » du web effectué par le géant Google ne refroidit en rien l’ardeur des internautes dans la création et la publication de contenus à caractère pornographique. Avec l’avènement des réseaux et médias sociaux, cette tendance n’est pas prête de s’inverser.

En effet, depuis quelques années, les sites pornographiques communautaires s’adaptent et s’inspirent des modèles des réseaux sociaux en proposant les mêmes fonctionnalités: like, partage, commentaire, création de contenu, etc. Ces différentes plateformes ne rencontrent aucun problème pour recruter de nouveaux membres actifs. Ces nouveaux supports ont donc su toucher une autre corde sensible: le goût des internautes pour le partage, pour la dimension communautaire. De plus, la majeure partie des données en transit ou échangées sur le web concerne deux catégorie de site: les réseaux sociaux et les sites pornographiques. Dans cet article, je vous propose une immersion, un voyage dans l’union de ces deux mondes: le « social porn ». Pour ce faire, je vais dresser un bref panorama des principaux réseaux sociaux pornographiques et voir quels sont leurs apports respectifs et quelles fonctions ils remplissent. En filigrane, il s’agit également d’aborder d’autres questions comme: sommes-nous en présence d’une nouvelle définition du rapport à l’intimité? La pornographie se socialise-t-elle et tendrait vers la consécration des productions amateurs? Sommes-nous en présence d’une privatisation de la pornographie? Et quelles sont les fonctions des ces différentes plateformes?

Jusqu’il y a quelques années, les deux mondes mentionnés ci-dessus n’étaient pas compatibles et entretenaient une relation des plus frileuse. Citons en exemple la censure de « L’Origine du Monde » de Gustave Courbet ou encore Vine, l’application vidéo lancée par Twitter, pour, respectivement, exhibition de nudité et vidéos à caractère pornographique. Afin de palier à ces problèmes, les idées et les créations ne manquent pas. En effet, nous assistons à la réconciliation des univers de la pornographie et des réseaux sociaux qui dorénavant forment le couple dit du « social porn ». Citons en exemples quelques avatars classés X des principaux réseaux sociaux: Fuckbook (Facebook), Pinsex (Pinterest), Pornstagram ou Pornostagram (Instagram), Youporn et Porntube (Youtube) pour n’en citer que quelques-uns.

Fuckbook.com:

Cette plateforme à été épargnée par la véritable guerre menée par Facebook et son armée d’avocats et se définit comme étant une communauté pour adulte. Ce réseau permet à ses utilisateurs, qui ont certifié avoir plus de 18 ans, de publier et de consulter divers types de contenus à caractère explicitement sexuel ainsi que de se mettre en relation et de faire des rencontres. Ce site rassemblerait plus de 7 millions de personnes.

Pinsex:

La version pornographique de Pinterest se base évidement sur l’ADN de son modèle, les images ainsi que la mise en relation de ses membres en fonction des centres d’intérêts. Dans les catégories proposées, on retrouve différentes activités et types de requêtes connus des consommateurs de sites pornographiques. Restons « soft » et ne citons que certaines d’entre elles: lingerie, gay, lesbienne, seins, etc. Ce réseau revendique 50000 membres ainsi que 300000 visites quotidiennes.

Pornstagram ou Pornostagram:

Sans surprise, ces deux médias fonctionnent selon le modèle d’Instagram. Elles permettent donc à ses utilisateurs, à leurs abonnés de consulter les photographies et vidéos érotiques ou pornographiques des contacts sélectionnés. Pornostagram, devenu depuis Uplust, comptent 70000 membres actifs.

Youporn et Porntube:

Ces plateformes de partage et de visionnage de vidéos de type pornographique fonctionne sur les mêmes principes que Youtube. Peu de chiffres sont à disposition si ce n’est cette infographie basée sur les statistiques fournies par Youporn même.

Social Porn:

Ce réseau est la version adulte de Facebook. Le site est public est dès la page d’accueil il est possible de consulter les dernières publications des membres du réseau. L’essentiel des publications sont produites par des amateurs même si des collaborations avec des professionnelles du domaines sont à l’agenda. Le site, à l’instar des autres avatars classés X des réseaux sociaux, propose les mêmes services et fonctionnalités que Facebook. Cette plateforme compte 90000 membres et 12000 visiteurs par jour. Vous pouvez consulter ici l’interview de son créateur.

Il est donc possible de constater que le phénomène du « social porn » est en pleine ébullition et que la tendance n’est pas prête de s’inverser. Ces différents supports (liste non-exhaustive) proposent exactement les mêmes fonctionnalités que leur cousin respectif plus « soft » en matière de pornographie et sujet à la censure. Différentes interrogations peuvent dès lors émerger: sommes-nous en présence d’une nouvelle définition du rapport à l’intimité? La pornographie se socialise-t-elle et tendrait vers la consécration des productions amateurs? Sommes-nous en présence d’une privatisation de la pornographie? Et quelles sont les fonctions des ces différentes plateformes?

Selon différents experts ou professionnels du domaine (sociologue, créateurs de ces réseaux, etc.) la tendance au partage est omniprésente et s’applique donc aussi au monde de la sexualité et de la pornographie au sens large. Cette dynamique du partage s’accompagne également d’un autre phénomène: l’émergence et l’attrait pour les productions pornographiques amateurs. Selon les fondateurs de Pornostagram et Pinsex, cette évolution s’explique par une disposition à l’amateurisme ainsi qu’à une socialisation de la pornographie y compris dans le milieu professionnel de cette dernière. Selon Cindy Gallop, conférencière sur la thématique « make love not porn » et fondatrice de la web-TV éponyme, le dessein est de rendre le sexe du monde réel socialement acceptable et partageable. Cette propension se vérifierait donc dans le succès de ces réseaux sociaux qui font l’apologie de la sexualité du quotidien. Cette propension est-elle pour autant nouvelle? Non selon Sharif Mowlabocus professeur à l’Université du Sussex. Il postule l’idée que que la pornographie, en tant que pratique sous différentes formes, n’a pas toujours relevé de la sphère privée et qu’elle revêt depuis ses débuts une dimension sociale. Il cite en exemple les enregistrements d’ébats sexuels (blue records) et les films pornographiques (stag-movies) des années 1930 et 1940 qui se consommaient collectivement dans les salles de projection. Les cassettes vidéos auraient repoussé la consommation dans la sphère privée avant que le « social porn » ne lui redonne toute sa dimension communautaire et de partage. Dès lors, le porno ne se consomme plus de manière passive mais de façon interactive grâce à ces différents réseaux sociaux classés X et les fonctionnalités et services qui y sont proposés. Le « social porn » ne serait qu’un simple retour à la norme.

Pour Stephen des Aulnois, fondateur du Tag Parfait, ces sites ont plusieurs fonctions : “D’un côté, des utilisateurs y vont pour rencontrer des personnes libertines. D’autre le font pour l’exhibition, le partage pur, à travers une communauté. Et du côté de l’éditeur, soit la personne a une idée intéressante qu’elle souhaite développer, comme dans le cas de Pornostagram, soit ce n’est pour elle qu’un moyen de faire du marketing agressif pour de la sex-cam’, comme cela semble être le cas pour Fuckbook”. «Internet, où la masse crée un sentiment d’anonymat, a libéré la possibilité de s’exhiber à grande échelle», observe Gianni Haver, professeur de sociologie de l’image à l’Université de Lausanne. Plus généralement, le sociologue associe le phénomène Social Porn à une évolution de la pornographie. «L’image de Rocco Siffredi honorant en même temps une dizaine de jeunes filles ultramaquillées, souvent refaites, a vécu. L’esthétique très léchée et improbable du porno traditionnel où l’on vend de l’inaccessible cède peu à peu du terrain à un porno plus amateur, de proximité, dont les «acteurs» sont des gens qu’on pourrait croiser au coin de la rue», poursuit Gianni Haver, qui, anonymat du Web oblige, ne peut s’empêcher une mise en garde. «On ne sait jamais qui se cache derrière la belle blonde.»

Quant est-il de l’avenir du phénomène du « social porn »? Va-t-il s’immiscer sur les réseaux et médias sociaux ordinaires et nos désirs et pratiques sexuels seront-ils partagés dans l’indifférence la plus totale et en absence de toute forme de censure? Cela semble peu probable tant les principaux réseaux sociaux sont réticents à la publication de contenus de type pornographique. Les réseaux et médias sociaux de ce type ont donc de beaux jours devant eux car ils sont un moyen de rester anonyme sans être seul pour autant. De plus, être en réseau permet de mieux filtrer notre recherche de contenu et de se transmettre les bonnes adresses entre personnes partageant les mêmes centre d’intérêts et faisant partie de la même communauté ou microcommunauté.

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Liens :

L’artice de Vice sur Social Porn

L’article des Inrocks sur le phénomène du social porn

Le Tag Parfait, un site dédié à la porn culture

Une infographie sur les chiffres du porno et des réseaux sociaux

L’interview du fondateur de Social Porn

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