Crowdfunding: l’essentiel en 3 parties

cloud illustration d'économie du partage

Crédit image: ThinkStock

On a tous entendu parler de crowdfunding – ou financement participatif en français. Mais sais-tu vraiment ce qu’est, le crowdfunding ? Et bien moi non plus ! C’est pour cela qu’intriguée par ce phénomène, et par le nombre croissant d’initiatives de crowdfunding  visibles dans l’actualité, j’ai décidé de partir à sa découverte  pour comprendre de quoi il s’agit, et de partager mon aventure avec toi lecteur ! Et tu vas voir, celle-ci m’a menée au-delà des limites du crowdfunding…

Le crowdfunding, qu’est-ce-que c’est ?

Infographic expliquant le mécanisme du crowdfundingLe crowdfunding, est le fait de solliciter une contribution financière d’un grand nombre de personnes au travers d’Internet et de la communauté online pour financer un projet. En bref, c’est une autre façon pour les entreprises et les particuliers de récolter des fonds pour leur projet tout en faisant P-A-R-T-I-C-I-P-E-R les internautes. Au-lieu de passer par les banques et autres intermédiaires traditionnels, ils passent par toi et moi, grâce aux…Réseaux Sociaux ! En contrepartie, les donateurs peuvent recevoir un cadeau, un service ou acquérir des parts dans l’entreprise financée.

Mais bon, ce n’est pas tout. Le crowdfunding n’est qu’une partie d’un mouvement plus général ayant vraiment émergé à partir de 2010, influencé par l’essor d’Internet et des Réseaux Sociaux: l’économie de partage/de fonctionnalité ou en anglais la sharing economy ou collaborative consumption.

En bref, la sharing economy c’est la napsterisation de notre mode de consommer, c’est-à-dire basé sur le partage de ressource directement entre consommateurs, sans aucun intermédiaire et dans lequel l’usage et l’expérience prédominent sur la propriété. Cette nouvelle façon de consommer a été classée par le Times parmi les 10 idées qui vont changer le monde. Jeremy Rifkin et Rachel Botsman – tous deux pionniers de la sharing economy – parlent même de troisième révolution industrielle ! Et tous les secteurs économiques sont concernés par cette napsterisation. Les deux grands noms de la sharing econonmy étant Uber et Airbnb. Il y a même un annuaire mondial de ces services de partage/collaboration!

Logos de Airbnb et Uber

Et là tu te dis sûrement que tu n’as pas encore tout à fait compris ce qu’est exactement la sharing economy et donc le crowdfunding. Je vais essayer de t’en résumer l’essentiel en 3 parties:

1. Désintermédiation et culture du lien social

Tu auras bien saisi qu’avec la sharing economy/collaborative consumption notre manière de consommer et de posséder a changé. On optimise nos ressources, on n’achète plus automatiquement mais on partage, on prête, on troc, on échange. L’essentiel pour les internautes maintenant c’est l’expérience qu’un bien ou un service lui procurera, l’usage qu’il pourra en faire pour un temps donné plutôt que d’en être propriétaire.

Dans ce TEDx talk Rachel Botsman nous explique, exemples à l’appui, la montée de la sharing economy ou comme elle l’appelle collaborative consumption.

Bon, tu me diras que tout ça n’est pas neuf. L’échange, le troc existent depuis la nuit des temps. Au Moyen-Âge déjà on troquait déjà deux vaches laitières contre un carré de potager. Non, ce qui est en train de changer c’est l’impact que les Médias Sociaux ont sur notre expérience consommatrice. Ils sont le cœur de cette nouvelle façon de consommer car ils ont « désintermédié » le processus économique. Grâce aux Médias Sociaux, la transaction peut se faire de pair-à-pair, directement entre consommateurs. On n’est plus obligé de passer par une entreprise ou une banque.

Les Médias Sociaux, le Big Data, le boum des technologies et autres applications mobiles – trois tendances notables favorisant l’essor de la sharing economy – ont donc ramené une sensation de proximité dans nos pratiques de consommation, un sentiment de « ce qui est à moi est à toi ». Cette sensation est accentuée par le fait d’échanger des biens et des services directement entre individus, échange qui à son tour renforce le lien social entre consommateurs. On a à nouveau l’impression de faire partie d’une même communauté (comme au Moyen-Âge) mais cette fois-ci à l’échelle globale. Manuel Grenacher, le fondateur de Mila parle de « communauté collaborative ».

Infographic expliquant le fonctionnement de la sharing economy

Crédit image: Thinkstock

 2. Une question de génération

Ce retour à la communauté est principalement dû à deux facteurs : l’explosion des Médias Sociaux mais aussi à ceux qu’on appelle les Millennials ou encore les digital natives. Si tu es un Millennial c’est que tu as grandi avec Internet et l’avènement des Médias Sociaux. Tu es donc culturellement programmé pour partager, louer et troquer car pour toi c’est quasi naturel. Le professeur Kurt Matzler de l’université d’Innsbruck a d’ailleurs décris l’utilisateur typique de la sharing economy : jeune (moins de 40 ans), bien formé (niveau maturité et plus), de culture urbaine et curieux de nature. L’essor de la sharing economy est donc aussi une question de génération.

Un des autres éléments clefs de la sharing economy est la confiance. Et quelle est la source fournissant cette confiance : encore les Médias Sociaux ! Et oui, en naviguant sur Internet on laisse tous une trace permettant ainsi de fournir des informations sur nous à nos futures partenaires d’échanges. Tomio Geron du magazine Forbes explique par exemple qu’avec Facebook on peut aller vérifier le profil d’un consommateur souhaitant louer notre maison avant d’accepter. Et comme pour les Millenials les Médias Sociaux sont une seconde nature, cette notion de confiance immédiate, comme par exemple accueillir un parfait inconnu chez-soi pour dormir , est toute naturelle. Les Millenials sont donc bel et bien les promoteurs de cette nouvelle relation économique.

3. Nous sommes des consommacteurs

Toi, moi, nous, nous sommes tous ce que Rachel Botsman appelle des « consommacteurs », on est acteur/décideur de notre propre consommation et on veut également (s)investir dans notre communauté, locale ou/et globale. Le consommacteur est à la fois le fournisseur du bien/service et son utilisateur.

Selon Arun Sundararajan autre grand prophète de la sharing economy, les Réseaux Sociaux fusionnent le commerce avec la communauté. En effet, les données récoltées sur ces réseaux, permettent de mettre en relation les détenteurs d’un bien ou d’un service avec les demandeurs de ces biens et services. Rachel Botsman appelle ça la « coïncidence des besoins ».

Les Médias Sociaux facilitent donc l’essor de la sharing economy, de la transaction désintermédiée dans laquelle les consommacteurs deviennent acteurs de leur propre consommation. Un exemple tout trouvé : notre ami le crowdfunding ! Dans ce processus, les (futurs) fournisseurs s’appuient sur les utilisateurs comme partenaire d’innovation et de financement. Les consommacteurs deviennent des collaborateurs grâce à des plateformes de financement participatif tel que kisskissbankbank, leader européen du crowdfunding. Le processus financier est donc désintermédié chaque individu sélectionnant, participant et promouvant des projets dans lesquels il croit. En effet, une bonne idée ne suffit pas pour embarquer les internautes dans la participation à son projet. Il faut proposer un service qui a du sens et s’adresser à la bonne communauté.

Afin de mieux comprendre ce phénomène de crowdfunding et donc de sharing economy, j’ai voulu explorer de plus près deux initiatives de crowdfunding ayant vu le jour dans ma communauté locale: Lausanne. Je me suis donc entretenue avec Elâ de Ta Cave et l’équipe du Montriond . Voici un résumé de mes entretiens :

Ces deux café-restaurants ont vu le jour grâce au crowdfunding. Ils ont choisi ce sytème comme moyen pour réaliser leur projet à la fois car cela leur laissait plus de liberté que s’ils avaient eu recours à des intermédiaires traditionnels, mais surtout pour l’aspect participatif permettant de créer un véritable lien social. Pour eux, en faisant participer leur communauté ils l’impliquaient plus car elle se sentirait réellement concernée par le projet étant donné qu’il coïncidait avec leurs affinités et leurs besoins. Pour Ta Cave et le Montriond, la participation permet un véritable engagement communautaire et social.

Sans l’existence du crowdfunding leurs projets n’auraient pas vraiment pu être mis en place en tant que tel car, soit ils n’avaient pas les fonds nécessaires soit ils auraient dû renoncer à cette composante participative inhérente au crowdfunding et essentielle pour eux.

Ces deux projets n’ont pas utilisé de plateforme dédiée au crowdfunding. Ils ont principalement utilisé Facebook et Instagram pour augmenter la visibilité de leur initiative et ils ont aussi créé un site web dédié à la levée de fonds. Les Réseaux Sociaux ont eu un impact sur la réussite de leurs projets en tant que vecteur de communication et d’engagement, notamment avant la campagne pour informer le public.

Alors phénomène de mode ou révolution pérenne… ?

Le crowdfunding et de ce fait la sharing economy peuvent donc être résumés en trois points : une notion de partage inhérente et essentielle, une culture du lien social renouvelé et global, une économie desintermédiée. Ce modèle de consommation s’est imposé comme un des changements majeurs de ces cinq dernières années, porté par l’essor des Réseaux Sociaux. Mais comme dans toute révolution il y  a des gagnants et des perdants (dans notre cas, les intermédiaires traditionnels). On peut donc se demander si le perdants ne vont pas réagir en s’adaptant et si de ce fait la sharing economy est un changement pérenne ou juste un phénomène de mode engendré par le climat économique ambiant et donc amené à disparaître?

Quelques articles qui pourraient t’intéresser:

http://www.economist.com/news/leaders/21573104-internet-everything-hire-rise-sharing-economy

http://www.bilan.ch/economie-plus-de-redaction/consommation-une-revolution-se-prepare

http://www.forbes.com/sites/tomiogeron/2013/01/23/airbnb-and-the-unstoppable-rise-of-the-share-economy/

http://www.onthecommons.org/magazine/debating-the-sharing-economy

…et un livre:

http://bit.ly/1LbMb5G

6 réflexions sur “Crowdfunding: l’essentiel en 3 parties

  1. Lavohara dit :

    Très bon article! En effet le crowdfunding est en croissance virale dans tous les secteurs imaginables… Bien qu’en effet le concept de l’échange mutuel de service ou de biens existe depuis des siècles, l’appellation « crowdfunding  » et son impact sont sûrement une mode ou je dirai plus tendance depuis la crise économique mondiale et s’épanouit à une vitesse phénoménale grâce au réseaux sociaux, comme tu le dis dans ton article. Mon seul doute est encore de juger parmi les nombreux projets de Kickstarter et Co. dans quoi il vaut la peine d’investir et comment mesurer son rendement de profit ou de bénéfice.

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    • emiliegabella dit :

      En effet, les réseaux sociaux ont nettement permis l’essor du crowdfunding.
      Quant à savoir dans quels projets investir et quelles seront nos « récompenses » pour notre investissement, ça pourrait faire l’objet d’un autre article complet ;-)! Le sujet du crowdfunding et des réseaux sociaux est très vaste…

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  2. Edouard dit :

    Article très intéressant sur les principes du Crowdfunding et de la Sharing Economy. Je semble correspondre aux critères du « Millennial » et pourtant je ne connaissais pas bien ce mode de financement participatif par les réseaux sociaux. La désintermédiation des échanges commerciaux n’est pas nouvelle et voilà une nouvelle forme qui est parfaitement cohérente avec l’évolution du lien social. Les choses me semblent maintenant beaucoup plus claires. Ton article est très agréable à lire et didactique. Je n’ai plus qu’à m’y mettre mais j’attend ton prochain article (ou livre!) sur le Crowdfunding for dummies :). Merci!

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