La presse écrite est-elle soluble dans les médias sociaux ?

mix_remix_presse1

Question : Comment à l’heure du web 2.0, la presse écrite a-t-elle besoin des médias sociaux pour amener l’internaute sur sa page et augmenter son lectorat ?

  1. Contexte :

Selon Éric Scherer, directeur de la prospective de France Télévision, le journalisme a quatre grandes missions : la collecte, l’investigation, l’explication et l’analyse. Aujourd’hui, la collecte est partagée par des millions d’internautes et l’analyse l’est avec les blogs experts. Les moyens d’investigation diminuent mais le journaliste peut encore trier, vérifier, expliquer et diminuer l’infobésité des informations.

L’avènement d’internet et des médias sociaux ont poussé la presse écrite à repenser son organisation. Sur les réseaux, l’information n’est pas limitée comme dans les médias traditionnels. La toile facilite le partage et relaye l’actualité : l’info y est libre, gratuite, immédiate et participative. Les versatiles internautes ne sont pas tenus aux mêmes exigences que les journalistes. Mais les médias en se numérisant diminuent leur qualité informationnelle au bénéfice d’une info plus « divertissante ». Les données d’audience de la REMP, Net-Metrix et Médiapulse le confirment : l’affaiblissement se fait également ressentir au niveau financier. Le récent sondage de l’institut GfK publié par le fög montre que la génération Y-Z s’informe de plus en plus via les réseaux et délaisse les médias traditionnels (35% en 2015). Ce désistement va de paire avec un contenu de moindre qualité.

Mais peut-on considérer les réseaux sociaux comme des médias d’informations ?

  1. Réseaux sociaux versus médias traditionnels

L’importance des réseaux dans les médias progresse à vue d’oeil et est perçu comme un nouveau moyen d’information à côté des supports traditionnels qui relayent leurs infos dans la presse écrite, la radio et la télévision. 80% des journalistes de la génération Y-Z utilisent les médias et réseaux sociaux pour s’informer et informer.

Une mutation profonde du fonctionnement des médias a été nécessaire pour attirer le lectorat. Question : pourquoi payer pour des infos qui sont gratuites sur internet ?

En 10 ans la digitalisation des informations a provoqué une remise en question de la diffusion sur papier. 600 ans après Gutenberg, 3 points importants ont bouleversé le système :

– La gratuité et l’immédiateté de l’accès à l’info.

– La migration et la disparition de la publicité.

– L’offre pléthorique de l’information et sa vitesse de diffusion.

La presse traditionnelle a perdu son monopole et la baisse des revenus publicitaires a modifié le mode de diffusion des infos. Les grandes entreprises de presse ont donc dû investir dans de nouveaux supports, de nouvelles zones géographiques et de nouveaux modes de consommation.

Exemples en Suisse avec :

– Le groupe Ringier Digital avec Scout24, Autoscout, Immoscout, Jobup, Anibis et e-commerce avec deindeal.

– Le groupe Tamedia Digital avec 20minutes, Homegate, jobs.ch, Tilllate et le rachat d’Edipresse en 2009.

presse-Mix_et_Remix© Mix & Remix

Depuis quelques années, les éditeurs suisses ont tenté le modèle du journal gratuit puis du Fremium et enfin du Paywall (mur payant). Mais la gratuité de l’info pour préserver et augmenter le lectorat afin de générer de la pub est limitée. C’est pourquoi la majorité des éditeurs de presse (USA- Europe) a opté pour des solutions payantes (abonnement, unité, kiosque numérique : NYTimes, Le Monde, NZZ, L’Hebdo, LT..).

L’information déconnectée du papier est confrontée à un nouveau code binaire qui constitue une opportunité mais aussi un risque : technique, culturel et intellectuel. Ce changement est La « révolution post-industrielle » du 21ème siècle. Et bien plus que les effets techniques, ce sont leurs modes de gestion qui doivent être repensés par les médias.

                      3. L’avènement des Pure Players

Le terme Pure player presse s’applique ici aux éditeurs qui ont fait le choix du tout en ligne. Mais ils sont également libres de produire une édition papier. Point commun : ils ont tous un ou plusieurs liens avec les réseaux sociaux ! Web first, Mobile first, RS first, Datajournalisme 2.0… Voilà les termes à retenir.

USA : les premiers Pure Players presse et leur utilisation des réseaux sociaux :

Politico                          : RSS, Blogs, FB, Twitter, You Tube, Instagram, Tumblr

Buzzfeed                      : FB, Twitter, You-Tube, Blog, Tumblr

Upworthy                    : FB, Twitter, You-Tube, Blog et RSS

Reddit                            : FB, Twitter, Instagram, reddit.tv, Blog

Le Huffington Post : FB, Twitter, RSS, You-Tube, Linkedin

New York Times      : FB, Twitter, Linkedin, You-Tube, Instagram, Blog

Washington Post    : FB, Twitter, RSS

stats-pure-players

GB :The Guardian      : FB, Twitter, Linkedin, daily email, Instagram

F : Mediapart                 : FB, Twitter, Linkedin, You-Tube, Blog, RSS

Rue89                             : FB, Twitter, Linkedin, You-Tube, Instagram, Blog

Slate                                : FB, Twitter, Linkedin, You-Tube, Instagram, RSS

En Suisse on trouve quelques pure-players comme :

Les Observateurs    : (droite),Facebook, RSS

Domaine public         : (gauche), Facebook, Twitter, RSS

Avec l’arrivée des Pure Players, du journalisme 2.0 et des moteurs de recherche, l’information n’est plus verticale mais devient une communication transversale. L’internaute fait ses choix via les flux RSS, les tweets, les posts FB et autres blogs. La pérennité du journalism se fait donc entre anciennes méthodes et nouvelles pratiques sur Internet : interactions, débat online, publicité native et articles sponsorisés.

Pour vous éclairer : quelques touches de Stéphane Benoit-Godet – Le Temps

L’évolution du numérique a de ce fait produit un nouveau type de journaliste : c’est l’ère de l' »Homme-Médias » une sorte de « Shiva multi-task » qui doit savoir écrire, éditer photos, sons, vidéos et graphiques; maitriser les outils de diffusion sur les réseaux sociaux, tenir un blog ou éditer des flux RSS. Son identité est liée à son média et il travail via ses comptes Facebook, Twitter, Linkedin, etc..

C’est à ce titre qu’on été créées les Newsrooms. En Suisse, le groupe Blick à Zurich et Ringier à Lausanne avec sa Newsroom incluant l’Hebdo, Le Temps et Edelweiss sont les pionniers en la matière.

newsroom-blick

Dans ce contexte les digital natives s’en sortent mieux que leurs aînés. De plus le contenu est devenu indissociable du contenant et chaque support adapte son type de traitement de l’information. La presse écrite devient dépendante des médias sociaux qu’elle utilise comme baromètres des tendances. Voici plusieurs exemples qui illustrent ce fait :

                     4. Réseaux et médias sociaux :

FACEBOOK : Newsfeed permet de pratiquer une curation des posts et également aux annonceurs de payer pour le positionnement de leurs publications.                                     – Publications d’articles de presse nommée Instant Articles.

  Facebook-instant-articlesFacebook-Instant-Articles-News

APPLE           :  Avec « NEWS » la firme  veut attirer les médias via Iphone.

NewsiPad

BUZZFEED : Le site presse Pure Player diffuse ses news sur Twitter, FB, Instagram, Pinterest et Vine. Il utilise également Pound outil de mesures d’analyses du parcours d’un article sur le web.

Buzzfeed-Content-Sharing-654x400

BLENDLE     : Tout savoir sur le site qui va révolutionner l’information. L’achat par article.

TWITTER    : Lance « Moments« twitter-moments-600x337

Twitter lance Moments : Ecouter Benoit Descary pour mieux comprendre…

YOU-TUBE   : Le site de diffusion vidéo propose ses pages d’#Actualités You-Tube RED

GOOGLE       : Dans le choix de ses applications existe aussi Actualités ou Google News

Google-News                      5. Exemples d’articles de presse :

Force est de constater que la presse écrite, pour survivre, a besoin des médias et réseaux sociaux. Que se soit à travers les Pure-Players ou les plateformes de réseautage, un organe de presse écrite DOIT utiliser ces nouveaux médias pour attirer son lectorat. Voici deux exemples d’article qui confirment ce paradigme :

  1. Récemment Le Monde.fr, entre autres médias presse et TV, a publié un article sur le petit Aylan retrouvé sur une plage de Turquie. Cette parution a provoqué un raz de marée médiatique et humanitaire qui a déchaîné les passions autour de la problématique des migrants. Mais elle a également augmenté le nombre de clic sur le site français… et fait exploser les statistiques. L’objectif de ce mode de parution est donc clair : drainer du trafic sur une cible précise qui va motiver les annonceurs à investir sur ces nouveaux supports.
  2. Un autre exemple de parution qui a fait le buzz en Suisse est un article paru dans Le Temps du 26 août 2015. « Les quincados, génération pathétique ? ». Le lendemain : réactions en chaine.. avec un nouvel article traitant du même sujet : « Ces éternels gamins de quincados font un tabac sur le site du Temps ». Note de l’auteur Olivier Perrin : « Les chiffres parlent pour eux-mêmes: ce jeudi en début de soirée, près de 50 000 personnes avaient cliqué sur ce portrait de la «Silver Génération» en moins de vingt-quatre heures. Ce n’est pas un hasard: avec aussi 300 mentions sur Twitter, plus de 80% d’entre elles y avaient accédé via Facebook. Où souffle, sur les commentaires de la page du Temps, un stimulant vent de liberté ».

 

L’article sur les quincados a été relayé des dizaines de fois sur les RS, via FB, Twitter, Google et autre Scoop.it. On constate donc que les médias sont de plus en plus présents sur les RS car c’est là que réside l’audience, cette audience qu’il faut attirer et séduire pour ainsi augmenter son lectorat… La boucle est-elle bouclée ? Presse versus réseaux sociaux et réseaux versus investisseur publicitaires ? La stratégie est simple : publier du contenu là où vont les gens (c’est à dire les générations X-Y, les millennials, futurs lecteurs etc..) qui vont toucher des cercles autour du cercle des premiers lecteurs et ainsi de suite ! Les statistiques recueillies vont ensuite servir aux annonceurs, notamment pour le « native advertising ». Car un média qui n’a pas de données pour la publicité a peu de chance de survie… Affaire à suivre !

Conclusion : qui surf, clique, crée des liens, poke, like, tweet.. et Big Data…, verra !

Mix & Remix big Data

Références     : « Médias suisse à l’ère numérique », Philippe Amez-Droz, PPUR, 2015                                      : « Blogs & Podcasts » Loic Le Meur, Laurence Beauvais, Dunod, 2006                                          : « A-t-on encore besoin des journalistes ? » Eric Scherer, PUF, 2011

Articles             : Presse écrite: le point de bascule, l’Hebdo, 2014                                                                                      : Blendle, Tout savoir sur le site qui va révolutionner l’information, 2015

Liens vidéos   : FOROM : forum économique romand 2014, Stéphane Benoit-Gonet

Dessins             : © Mix & Remix

 

 

5 réflexions sur “La presse écrite est-elle soluble dans les médias sociaux ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s