La révolution des objets connectés? Oui, grâce aux médias sociaux

7 milliards d’objets connectés sont actuellement utilisés. Mais peut-on parler de révolution numérique, au même titre que le Web 2.0? Pour cela, les objets devront non seulement être connectés, mais aussi socialement reliés

Un frigo qui me prévient quand je suis à court de glace? Une casserole qui cuisine à ma place? Avec leur cuisine high-tech et leur robot Rosie, la famille Jetsons nous avait déjà donné un avant-goût de ce quotidien. Dans un élan nostalgique, je me suis surprise à lancer le générique de la série. Outre le sexisme flagrant qui m’avait échappé à l’époque, les créateurs des Jetsons avaient prédit l’ère des objets connectés avec pas mal de précision.

Et à moins d’avoir décidé d’entreprendre un sevrage numérique durant ces 24 derniers mois, impossible d’échapper à la vague des objets connectés. Pour les quelques âmes perdues, l’animation réalisée par le graphiste et journaliste David McCandless offre un excellent tour d’horizon sur le sujet:

Les statistiques de cette animation donnent le vertige: 7 milliards d’objets connectés sont actuellement utilisés (croissance de 30% depuis 2015). D’ici 2020, ce chiffre s’élèvera à 26 milliards. L’évolution du chiffre d’affaire dans ce secteur est également impressionnante: valeur de 2,3 billions de dollars en 2014 (devrait être multipliée par 6 d’ici 2020).

Statistiques objets connectés IoT

Statistiques sur les objets connectés – David McCandless, Information is Beautiful

Non, vous ne rêvez pas, je parle bien de billions de dollars. Car cet univers d’objets connectés concerne non seulement de nombreux objets usuels: nos baskets et nos sweatshirts, notre balance et nos miroirs, notre frigo et notre aspirateur, mais aussi des éléments à plus grande portée. Dans une interview de larevuedudigital.com, l’ingénieur spécialisé en objets connectés Olivier Ménard explique:

« l’étape suivante (…) concernera probablement des environnements assez contraints et bien maitrisés comme les moyens de transports, la voiture personnelle, les transports en commun, dont d’ailleurs les prémices sont déjà visibles dans les prototypes futuristes et les véhicules de haut de gamme.»

Et pour soutenir la croissance de ce marché titanesque, les barrières technologiques sont quasi nulles. Dans son agenda 2020, l’UIT s’est en effet fixé l’objectif de garantir l’accès à Internet à 60% de la population mondiale. Du côté des opérateurs de réseau mobile, l’offre dédiée aux objets connectés se met déjà en place. Chez Orange et Bouygues Télécom par exemple, la technologie LoRa (Long Range) prévoit un réseau bas débit à faible consommation d’énergie, adapté au besoin de forte couverture des objets connectés.

Les objets connectés: une nouvelle révolution numérique?

Au vu des perspectives d’évolution majeures du marché des objets connectés, peut-on parler de révolution numérique, au même titre que le Web 2.0? Nous l’avons vu, aucun véritable frein technologique n’entrave l’arrivée de ceux-ci. Et les compagnies, tous secteurs confondus, se plient en quatre pour ne pas rater le train en marche.

Pourtant, il ne s’agit que d’une première étape. Certes, ces objets sont reliés à Internet et au Cloud. Ils sont donc capables de nous transmettre des informations en temps réel et d’enregistrer nos faits et gestes, sans passer par un ordinateur. Mais pour créer une véritable révolution, il leur manque une propriété clé: le social.

Prenons l’exemple d’un smartphone. Il nous permet de surfer sur Google, de consulter nos mails ou encore d’effectuer nos achats. Il s’agit donc bien d’un produit connecté. Pourtant, ce qui fait la richesse de cet objet lové au creux de nos paumes, c’est sa capacité à nous relier à nos amis et notre réseau.

Pour Mark Bonchek et Sangeet Paul Choudary, auteurs d’un article du Harvard Business Review sur les objets connectés, le véritable changement s’opérera quand ces derniers ne seront pas seulement connectés, mais également socialement reliés. Les entreprises devront donc commencer à réfléchir à intégrer l’aspect social dans leurs produits connectés.

Pas de révolution sans le social

Je suis à premier abord assez sceptique face à cette affirmation. Ai-je vraiment envie que mon frigo partage l’état déplorable de mes tomates sur Facebook? Ou que ma montre tweete à ma place sur mon jogging matinal peu brillant? Heureusement, il ne s’agit pas vraiment de cela. Les objets connectés tireront plutôt profit des médias sociaux afin de construire des communautés, grâce à l’analyse et au regroupement des données qu’ils récolteront sur leurs utilisateurs. Une bonne façon de nous faire passer encore plus de temps sur les réseaux sociaux…

Certaines marques l’ont très bien compris, d’autres tâtonnent encore:

1. Waze – application de trafic et de navigation communautaire

L’application tire sa force de sa communauté, composée de conducteurs, de voitures et de smartphones:

Waze crée une information en temps réel, en utilisant les données produites par chaque utilisateur. Maintenant, imaginez le potentiel de Waze lié directement à une voiture connectée. Les automobiles pourraient communiquer sans devoir passer par des smartphones et enrichir la communauté des conducteurs par des données précises, générées en temps réel.

2. Nike et son écosystème Nike+

Dans le domaine du sport, Nike réalise un parcours exemplaire. Avec Nike+, la marque a réussi à construire un écosystème complet: la firme propose une application dédiée, le bracelet Nike+ FuelBand et aussi la possibilité de rejoindre une communauté d’utilisateurs sur Nike+ Training Club. Une aubaine pour la marque: grâce aux données récoltées par ses produits et au sein de sa communauté, elle connaît ses clients de façon encore plus personnelle.

3. La robe de Karolina Kurkova – MET Gala 2016

La mode s’empare aussi du potentiel social des objets connectés. Au dernier MET Gala, la robe du mannequin Karolina Kurkova s’illuminait au gré des tweets, se parant de couleurs selon les contenus émotionnels des messages.

Cette réalisation est le fruit d’une collaboration entre les créatrices de la maison Marquesa et Watson, le programme d’intelligence artificielle (IA) d’IBM. Ici, la robe dépasse l’aspect utilitaire et esthétique, en devenant une prolongation des expressions d’une communauté regroupée autour d’un événement.

J’imagine que la création de vêtements socialement connectés, reliés aux médias sociaux grâce à une IA, doit être coûteuse. Donc difficilement réalisable à grande échelle. Mais la robe de Karolina me laisse entrevoir des possibilités encore plus folles, comme:

  • Nos tenues de sports, qui s’illumineraient à la force des encouragements de notre réseau.
  • Nos futures voitures, dont les sièges se pareraient de rouge ou de rose selon les émotions des conducteurs qui nous entourent.

4. BMW ConnectedDrive

En parlant de voiture justement, le retour à la réalité est plus morose. Dans ce secteur, une forte croissance est prévue: la firme américaine de conseil et de recherche en technologies avancées Gartner prévoit 250 millions de voitures connectées d’ici 2020. Pourtant, nous sommes encore loin de voir des voitures socialement connectées.

Le service ConnectedDrive de BMW permet d’être connecté, d’envoyer des e-mails, d’être relié à ses applications favorites et d’effectuer une série de tâches similaires à ceux possibles sur un smartphone… mais le groupe automobile ne mentionne aucune forme de collaboration ou d’interactivité directe entre les voitures. Le GPS comporte un système d’information sur le trafic en temps réel, avec pour source de données les vitesses de déplacement des cartes SIM et les données GPS des flottes automobiles entre autres. Mais où est passé Waze dans tout ça? Ou tout autre système de collaboration sociale?

5. Tomorrowland et son réseau social People of Tomorrow

Pour être témoin d’une meilleure intégration, il faut regarder du côté des festivals de musique. Chez Tomorrowland un bracelet connecté permet aux festivaliers de se retrouver sur le réseau social People of Tomorrow, où ils peuvent partager leurs plus belles photos, se connecter aux autres amateurs de musique, payer leurs consommations, etc. Une bonne illustration du potentiel d’un bracelet connecté mixé à un attribut social.

Les objets connectés de demain?

Les exemples réunis ici illustrent bien que la technologie est prête pour assurer le succès des objets connectés. Mais afin d’accélérer leur adoption et créer une véritable révolution, les entreprises devront intégrer l’aspect social et la force des communautés qui lévitent autour de leur marque.

Dans certains cas, les compagnies pourront tirer profit de réseaux déjà existant (la robe de Karolina Kurkova et Twitter) et dans d’autres, elles pourront développer leur propre réseau social (Nike ou Tomorrowland). La seule limite dans ce domaine reste l’imagination et peut-être aussi les moyens financiers? Les services d’IBM Watson ne sont à priori pas à la portée de tous pour le moment.

Je ne pourrais terminer cet article sans vous offrir un petit bonus: une vidéo piquante de la youtubeuse et humoriste Natoo sur les objets connectés.

Et pour compléter la question de Natoo: «Quels attributs sociaux ajouteriez-vous à vos objets connectés?» Laissez libre cours à votre imagination dans les commentaires!

2 réflexions sur “La révolution des objets connectés? Oui, grâce aux médias sociaux

  1. melyssaryser dit :

    Holala tous ces gadgets! Il y en a vraiment à toute les sauces pour tous les goûts. Autant certains nous poussent à la performance (tels la montre qui compte le nombre de km parcourus à quelle vitesse, etc.) Autant pour d’autre j’ai l’impression qu’on va régresser au lieu d’évoluer: des capteurs pour nous dire quand arroser les plantes… Voilà voilà ^^’
    Je ne pense pas que l’imagination manquera pour créer de nouveaux objects connectés, mais la question de l’utilité de certains gadgets se pose vraiment, quelle est leur plus value concrètement dans notre vie réelle?

    En tout cas, merci pour ton article! Ça me rappelle à quel point les idées et la technologies vont vite =O

    Aimé par 1 personne

    • agnes krausz dit :

      La question de l’utilité est centrale. Certains objets seront clairement catégorisés « gadgets »… Mais les objets qui intègreront un aspect social seront ceux qui nous seront « vraiment » utiles. Et il ne faut non plus pas oublier le potentiel des objets connectés qui possèdent une intelligente artificielle, comme la robe de Karolina au MET Gala…. il y a encore moins de limites à l’imagination dans ce domaine!

      Aimé par 1 personne

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