L’image de la femme sur les médias sociaux

Jennifer Stettler

 

Les femmes ont pris d’assaut les réseaux sociaux. Pourtant les stéréotypes, les clichés sexistes et l’hypersexualisation n’ont jamais été aussi présents. Comment en est-on arrivé là?

Les médias sociaux se féminisent

Selon une étude réalisée aux Etats-Unis en 2014, les femmes sont plus actives et présentes que leurs homologues masculins sur les réseaux sociaux: 77% des internautes féminines ont un compte Facebook face à seulement 66% chez les internautes hommes. Sur Instagram, elles sont 29% contre 22%, sur Snapchat 70% contre 30% et sur Pinterest 42% contre 13%.

Mais quelles sont les raisons de cette forte présence féminine ?

Les femmes sont par nature plus créatives, plus communicatives et plus investies dans les relations sociales et sentimentales, selon Claire Balleys, sociologue à l’Université de Fribourg.

En effet, si on regarde Pinterest, qui se veut être un outil lifestyle, ses catégories phares sont la mode, la décoration et la cuisine. Pas étonnant que la grande majorité des utilisateurs soit des utilisatrices. Même si d’autres catégories tendent à se développer très rapidement telles que la photographie et le DIY qui attirent désormais aussi la gente masculine.

 

Facebook outil d’expression

Qu’en est-il de Facebook ? Contrairement à Pinterest, il n’a pas été créé pour un genre

gâteau pâte à sucre

photo privée

plus qu’un autre. Alors pourquoi les femmes sont-elles séduites par cette plateforme ? La première chose qui saute aux yeux est le moyen d’expression qu’offre Facebook. Les femmes peuvent y échanger des contenus très personnels tels que des photos de famille, des photos d’elles (qui les mettent en valeur), des activités qu’elles exercent, des créations – qui n’a pas vu défiler des photos de gâteaux d’anniversaire incroyables en pâte à sucre de mamans passionnées (qui n’intéressent qu’elles et ses amies mamans) – des passions (surtout les animaux, ça marche bien les animaux sur Facebook), des citations qui ont souvent un rapport à leur état d’âme, etc. Et ces thématiques passionnent « ses amies » qui aiment, adorent, commentent avec enthousiasme.

 

 

Sa vie plutôt que son avis

Toby_Amir

photo privée

Les thématiques sérieuses, les articles économiques, etc. n’intéressent que très peu. Expérience faite, vous obtenez davantage d’interactions de la part de vos amis Facebook avec une photo de votre chien et de votre cheval qu’avec une prise de conscience sur les enfants adoptés jetables aux Etats-Unis – pourtant vos amies Facebook aiment les enfants – ou le partage d’un article économique aussi intéressant soit-il. Facebook semble être, pour ses utilisatrices, une plateforme de partage, d’expression au ton léger où elles peuvent tisser des liens avec d’autres personnes et où ces autres personnes « ami(e)s » ont les mêmes centres d’intérêts. Ainsi elles obtiennent une certaine reconnaissance pour ce qu’elles font et postent. Reconnaissance qu’elles n’obtiennent pas ailleurs la plupart du temps.

 

 

Instagram du rêve à la réalité

Instagram est une plateforme résolument créative. Les photos et toutes les applications qui sont offertes pour embellir les prises de vue sont une aubaine. Pas étonnant que ce réseau social soit apprécié des femmes. Certaines ont réussi à tirer leur épingle du jeu et en atteignant un statut de star grâce et arrivent même à en vivre. Toutefois, en y regardant de plus près, les instagrameuses influentes sont soit des passionnées de mode, de photographie, de déco ou des bimbos à la plastique de rêve. Une fois de plus on ne sort pas des sentiers battus.

 

Les dérives de l’image de la femme

Mais les médias sociaux ne sont pas seulement un endroit où on tisse des liens, où on se sent reconnu, soutenu, où l’on partage nos expériences et nos états d’âmes et où l’on offre des conseils avisés en matière de mode, de beauté, de cuisine, etc. C’est aussi un moyen de se démarquer, d’attirer l’admiration coute que coute. Et pour se faire les femmes sont prêtes à aller loin, très loin. Combien de photos de femmes, d’amies Facebook ou Instagram avez-vous vu faisant la fameuse duck face ou plus récemment la fish gape ? Le cliché de la femme objet bonasse dans toute sa splendeur colporté par les femmes elles-mêmes.

Duck Face

Selfie de Kim Kardashian en mode duck face

 

 

fish gape

Gigi Hadid fait le fish gape

 

Et les femmes vont encore plus loin, elles s’exhibent dans des tenues aguichantes peu couvrantes qui étaient, encore récemment, limitées à l’intimité de la chambre à coucher. Elles prennent des poses suggestives, en oubliant parfois, voire souvent, que se mettre à nu sur les réseaux sociaux c’est comme se mettre à nu sur une place publique devant des millions de spectateurs (qui ne sont pas tous forcément sains d’esprit et bienveillants…).

image facebook

Les jeunes filles prennent part à des défis en n’hésitant pas exhiber leur corps. Cette année le porté du stylo sous le sein a fait le buzz.

stylo

#carrypenunderbreast

L’année passée, on a vu circuler le défi de la taille format feuille A4.

défi page A4

Les médias sociaux auraient pu offrir aux usagés la capacité de surmonter les restrictions relatives au genre et d’entrer en rapport avec autrui indépendamment de son sexe. Pourtant, c’est tout le contraire qui c’est produit. L’hypersexualisation a pris le pas. Les selfies ne réduisent pas les stéréotypes, au contraire ils les accentuent, c’est ce qu’une étude menée par des chercheurs allemands révèle.

C’est notre grand-mère ou notre mère féministe des années 60 qui voit ses combats pour plus d’égalité entre les hommes et les femmes réduits en cendre !

En finir avec les clichés

Les médias sociaux ont offert un lieu d’expression inédit aux femmes. Toutefois, leur utilisation est stéréotypée. Les internautes féminines ont cédé à l’hypersexualisation en donnant écho aux clichés sexistes et en les alimentant. Hélas, rares sont celles ne sont pas tombées dedans (moi compris). La question que l’on pourrait se poser est : Est-ce cette image et ces rapports hommes – femmes que l’on souhaite transmettre aux générations futures ? Est-ce que les réseaux sociaux ne pourraient-ils pas devenir un lieu où la différence des genres est acceptée, cultivée et respectée sans tomber dans l’hypersexualisation et le sexisme à outrance ?

D’autres liens avec la thématique:

Les selfies dénudées des stars

« Slut-Shaming », exhibitionnisme: les réseaux sociaux bouleversent la vie des adolescentes

Par Jézael Fritsche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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