Quand Twitter traque Ebola, l’asthme et la gastro

Des chercheurs en sont convaincus: utiliser Twitter pour traquer les épidémies, c’est possible. Ils établissent même un lien entre la propagation des maladies et leur contagion sur ce réseau social.

«J’ai la grippe, je suis cloué au lit.» «Au secours, j’ai la gastro.» «J’ai de la peine à respirer ce matin à cause de mon asthme.» Aujourd’hui, on ne confie plus ses ennuis de santé à son boulanger, à son coiffeur ou au tenancier du café du coin mais sur Facebook ou sur Twitter. Question d’époque me direz-vous.

Certains s’amusent de cet étalage de moments de vie très privés sur les réseaux sociaux. D’autres s’en offusquent. Au fond, c’est vrai. Qui peut bien avoir envie de savoir que Julie vomit tripes et boyaux? Ou que Gérard est coincé sur le trône depuis quarante-huit heures pour cause de coulante fulgurante?

 

epidémie

Aujourd’hui, les épidémies se prédisent et se gèrent avec Twitter

Epidémies 2.0

Contre toute attente, le partage des dysfonctionnements de notre plomberie interne intéresse au plus haut point les spécialistes de la santé. A commencer par les épidémiologistes, qui voient dans cette multitude de messages postés, une formidable opportunité d’observer la propagation des virus et autres épidémies. Et, en temps réel, s’il vous plaît.

Avec quelque 500 millions de messages échangés quotidiennement, Twitter rivaliserait même avec les bonnes vieilles agences de veille sanitaire. C’est en tout cas ce que tendent à démontrer plusieurs études scientifiques, menées ces dernières années.

 

#KeepNigeriaEbolaFree

La flambée de virus Ebola qui a frappé l’Afrique de l’Ouest en 2014 demeure, à ce jour encore, l’exemple le plus impressionnant du potentiel de Twitter en termes de gestion des épidémies. Jugez-en plutôt:

Le Nigeria est parvenu à circonscrire l’épidémie – la plus meurtrière depuis l’apparition du virus en 1976 – en trois mois à peine, grâce à la mise en place d’une campagne de prévention soutenue par un compte Twitter et d’un site web, Ebola Alert, développé par le ministère de la santé de Lagos et diverses ONG. Cette campagne est d’ailleurs toujours visible aujourd’hui sous le hashtag #KeepNigeriaEbolaFree. Les autorités nigérianes entendent ainsi éviter la réapparition du virus sur leur territoire.

Dans le pays le plus peuplé d’Afrique, le nombre de tweets évoquant Ebola était aussi en très nette augmentation dans les trois jours précédant l’annonce officielle de l’apparition de la maladie, rapporte encore une étude publiée dans l’American Journal of Infection Control en juin 2015.

 

toilettes

L’agence des normes alimentaires britannique utilise Twitter pour suivre l’évolution de la gastro-entérite.

Quatre semaines d’avance sur la gastro

Au Royaume-Uni, l’agence des normes alimentaires britannique (Food Standard Agency) utilise également Twitter mais pour traquer les pics de gastro-entérite cette fois. Avec des résultats fort honorables.

En 2008, la FSA a ainsi démontré que la période où le nombre de hashtags en lien avec cette maladie ont été les plus nombreux correspondait étroitement à celle où les autorités de santé publique ont annoncé que le pic d’épidémie avait été atteint. Mieux encore, les mots-clés évoquant sans détours les symptômes les plus spectaculaires de la gastro (gerber, dégueuler, etc.) sont apparus sur Twitter quatre semaines avant que l’alerte ne soit officiellement donnée. Bluffant, non?

 

asthma-tweets

Twitter peut aussi aider le personnel hospitalier à anticiper une hausse du nombre de personnes asthmatiques se rendant aux urgences.

Twitter, nouveau logiciel de gestion des urgences

Et ce n’est pas tout! Le réseau social au petit oiseau se révélerait aussi très efficace pour améliorer la prise en charge des maladies chroniques.

Récemment, quatre chercheurs de l’Université d’Arizona, sont parvenus à anticiper l’augmentation du nombre de visites de personnes asthmatiques aux urgences un jour donné, avec un taux de fiabilité de 75%. Pour atteindre un tel degré de précision, l’équipe dirigée par Sudha Ram, professeur de management des systèmes d’information, a croisé différentes informations durant trois mois:

  • Examen de la fréquence des mots-clés comme asthme, inhalateur ou sifflements dans les tweets échangés au niveau mondial.
  • Repérage des tweets de patients asthmatiques vivant dans les environs de l’hôpital de Dallas.
  • Analyse de la qualité de l’air grâce à des capteurs disposés dans des endroits stratégiques à proximité de l’hôpital.

Au final, les spécialistes ont constaté que lorsque la qualité de l’air se dégradait, les consultations aux urgences et les hospitalisations pour un problème d’asthme étaient en hausse. Rien de nouveau sous les Tropiques, direz-vous. Mais, ils ont également découvert que les tweets évoquant la maladie étaient en augmentation au même moment. Et Sudha Ram de conclure:

« Vous pouvez avoir beaucoup d’informations intéressantes via les réseaux sociaux qui ne figurent pas dans les dossiers médicaux électroniques des patients. »

A lire aussi: l’étude complète de l’Université d’Arizona

Pour autant, Twitter ne saurait remplacer les instruments de veille sanitaire traditionnels. Tous les spécialistes s’accordent là-dessus. Il n’empêche: ce réseau social a le mérite de mettre en évidence des informations que l’on ne retrouve pas dans les circuits d’information traditionnels en épidémiologie classique. La plateforme a donc son rôle à jouer dans les recherches menées actuellement pour améliorer la détection de l’apparition des maladies.

C’est promis, mon prochain haut-le-cœur sera sur Twitter. Et le vôtre?

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