Selfie

La culture du narcissisme sur les réseaux sociaux

Véritable trampoline pour booster notre ego, les réseaux sociaux sont devenus des journaux intimes publics destinés à la mise en avant d’une marque : MOI.

Depuis l’apparition des plateformes sociales, il n’a jamais été aussi facile de se mettre en avant. Employées comme vitrine d’exposition dont le sujet principal n’est autre que nous-même, chaque « like » étanche notre soif de reconnaissance.

Sans partir dans une analyse profonde du « moi je » et de ses dérives, essayons de comprendre comment les réseaux sociaux ont exposé à la lumière du jour le Narcisse qui sommeillait en nous.

Auto-promotion et distinction sociale

Vacances au ski, café du matin ou cocktail du soir, tout se partage. La pertinence du contenu n’est pas primordiale. Chaque instant vécu est propice à être publié sur les réseaux sociaux. Instagram, Facebook, Snpachat ou encore Periscope, les plateformes sont nombreuses, ce qui offre une très large visibilité.

Lorsque nous publions, principalement des photos, nous avons le même but : susciter l’intérêt. Pour y parvenir, un principe : s’afficher. Ce ne sont pas les baskets du camarade de classe qu’on va publier, mais nos Nike toutes neuves hors de prix.

Cependant, ce focus sur soi peut aussi révéler un manque de confiance. Selon la chercheuse en psychologie Soraya Mehdizadeh, plus nous serions narcissiques, plus notre activité sur Facebook serait élevée ; et moins nous aurions d’estime de soi, plus les informations partagées seraient destinées à nous mettre en avant. Diffuser du contenu uniquement tourné sur soi résulte ainsi d’un profond besoin de reconnaissance. On a besoin que les gens voient et valident qui nous sommes et ce que nous faisons.

En nous mettant en avant, nous voulons également nous distinguer dans notre cercle social. Comme l’explique le sociologue Pierre Bourdieu dans son ouvrage La Distinction. Critique sociale du jugement, les individus cherchent à se distinguer dans les différentes classes de la société et même au sein d’une même classe. Qui n’a jamais posté une photo de ses vacances en espérant rendre jaloux ses amis coincés sous une montagne de dossiers ? (Je vous vois esquisser un sourire en coin !). Les photos sont la preuve que nous avons vécu un événement X à un instant Y dans un lieu Z. Indirectement, nous voulons montrer aux autres ce que nous possédons :

  • économiquement (revenu, patrimoine, biens matériels, etc.)
  • culturellement (savoir et biens culturels)
  • socialement (réseaux de connaissance)

Pour le commun des mortels, nul besoin d’acquérir une baignoire en or massif ou de verser du Dom Pérignon dans l’évier pour prouver qu’on mène une vie agréable, à contrario de ces gosses de riches. Prenons simplement cette photo de vacances :

Selfie Londres 2015

Archive personnelle, Londres, 2015

Ici, deux jeunes filles font un selfie lors de leur séjour à Londres. Rien d’exceptionnel me direz-vous. Mais pour moi, émettrice de cette photo, je veux que vous sachiez que j’ai suffisamment d’argent pour partir en vacances (capital économique), que j’ai découvert un autre pays avec un autre mode de vie (capital culturel) et que j’étais accompagnée d’une amie (capital social).

Et voilà comment je vous ai, en un cliché, exhibé mon argent, ma culture, ma vie ! Rah, ce nombrilisme, c’est agaçant ! Néanmoins, comme l’explique le chapitre suivant, vous l’assimilez plutôt bien.

Le narcissisme est devenu socialement acceptable

L’auto-promotion découle d’une attitude égotiste. Le narcissisme existe depuis la nuit des temps, mais a toujours été considéré comme un défaut de caractère. Cependant, la tendance du « moi je » s’est peu à peu développée et, à l’ère des caméras frontales sur nos appareils, l’égoportrait est carrément venu s’inscrire dans le dictionnaire en 2016 !  Le mot « selfie » s’est ainsi standardisé. On ne dit plus « faire une photo » mais « faire un selfie ». Une photo où on peut se voir, avant, pendant et après la capture. Une chose tout à fait normale dorénavant.

Pourtant, dans la vie réelle, lorsque qu’une personne ne nous parle que d’elle « j’ai un travail fabuleux ; j’ai des enfants formidables ; j’ai voyagé ici, et là », ne nous le cachons pas, on la trouve barbante. On dira même qu’elle est égocentrique. Et on n’aime pas le nombrilisme. En revanche, on n’a pas eu trop de peine à publier toutes les photos de nos vacances sur Instagram et à snapchater notre fête d’anniversaire. Mais on ne se dira pas narcissique pour autant. Or, c’est tout à fait de ça dont il s’agit.

C’est un fait, nous n’éprouvons pas la même retenue pour parler de notre vie ou de nos centres d’intérêts sur les réseaux sociaux, parce que s’afficher sur la toile est devenu une norme sociale. Aujourd’hui, concentrer les informations sur nous-même est devenu socialement acceptable derrière un écran, notamment pour 2 raisons :

  • Tout le monde s’affiche: de Barack Obama au Pape, de Beyoncé à Darius Rochebin en passant par nos paternels. Alors nous aussi !
  • La technologie nous offre les outils nécessaires : caméra frontale, perche à selfie, bracelet qui compte nos pas, géolocalisation, comment ne pas se focaliser sur nous-même alors qu’ils sont conçus dans cet objectif ?
Selfie de Bear Grylls et Barack Obama

Selfie de Bear Grylls et Barack Obama lors du tournage de l’émission Running Wild With Bear Grylls en Alaska, 2015

Comme je le dis plus haut, notre objectif est d’attirer l’attention en nous mettant en avant. Par conséquent, nous nourrissons notre ego de likes, de commentaires, de partages. Plus nous en recevons, plus cela nous pousse à nous afficher davantage pour amener encore plus de réactions. C’est une course à la reconnaissance !

La course aux likes

1 like… 2 likes… 128 likes. Génial ! Les gens aiment ce que j’ai publié. Aujourd’hui, notre popularité et l’intérêt que nous porte notre audience sont quantifiables grâce aux nombres d’abonnés, de petits cœurs, de pouces en l’air ou encore au nombre de vues. C’est ce qui fait (en partie) notre bonheur. Plus le chiffre est haut, plus on est satisfait. Et on nous rappelle partout à quel point on est aimé, admiré, adulé (ou pas) :

Comptes de Taylor Swift

Comptes de Taylor Swift

Sur ces 3 captures d’écran des différents comptes de Taylor Swift, superstar américaine de la chanson (ça dépend pour qui), on constate facilement son niveau de popularité grâce aux chiffres mirobolants. Et comme les utilisateurs ne sont pas les mêmes sur chaque plateforme, la photo a été publiée sur les 3 comptes afin d’obtenir une plus grande visibilité.

Mais comment obtenir l’attention des gens ? En leur montrant ce qu’ils veulent voir pardi ! Nous sommes, là, face à un paradoxe : nous ne publions pas forcément ce que nous trouvons intéressant, mais nous publions en fonction de ce qui captive notre réseau. Alors si c’est une photo de nous faisant semblant de dormir avec un petit chat qui suscitera le plus de réactions, désolé Papy, mais les gens ne verront pas la belle truite que tu as pêchée ! Et on n’hésite pas sur l’optimisation de l’image si ça peut encore plus booster les réactions. Quitte à perdre la notion de la réalité.

Façonner une réalité à notre image

Chaque photo partagée, chaque information publiée est une occasion de modeler la perception que les autres ont de nous. Ainsi, les gens ne voient que ce qu’on veut qu’ils voient. C’est pour cela que nous n’affichons généralement que des contenus que nous jugeons avantageux.

Comparaison Instagram vs réalité

La réalité des photos Instagram

La photographe Chompoo Baritone prouve avec ces quatre illustrations que la réalité est biaisée. Dévoilées dans leur intégralité, les photos présentent une situation moins attractive.

Tandis que plus de 80 millions de photos sont publiées chaque jour sur Instagram et 350 millions sur Facebook, nous n’hésitons pas à user d’artifices pour nous démarquer.

Pour ce faire, les méthodes sont diverses et variées, mais consistent généralement, dans un premier temps, à mettre en scène la réalité ou à ne garder que la partie intéressante. La disposition des éléments peut être savamment étudiée.

Dans un deuxième temps, une fois la photo réalisée, il existe mille et une applications permettant de l’embellir davantage. Les amateurs que nous sommes pouvons obtenir un rendu digne des plus grands photographes (ou du moins, on aime à y croire). Il n’est pas difficile de sublimer une image à coup de filtres. Contraste, luminosité, saturation, tout est modifiable pour rendre plus beau que ça ne l’est. Plus une image est propre, harmonieuse, plus elle va potentiellement susciter de l’intérêt.

Comparaison photo avant-après retouches

Pour reprendre la photo de mon séjour à Londres: à gauche, l’originale, à droite, celle que je vous ai déjà montrée. Quand même mieux, non?

Mais derrière cette contrefaçon, certains ont dit STOP ! En novembre 2015, la célèbre starlette d’Instagram aux plus de 500’000 fans, Essena O’Neill, a levé le voile sur cette fausse réalité. L’Australienne a révélé que toutes ses photos étaient travaillées de telle façon à ce que l’on croit que sa vie était parfaite :

« J’ai pris 50 clichés avant d’en obtenir un que vous pourriez apprécier, puis je l’ai modifiée durant des heures sur différentes applications juste pour me sentir aimée de vous. Il n’y a rien de réel là-dedans ! »

On peut saluer son geste comme douter de sa totale transparence. Certaines instagrameuses critiquent son coup de gueule et affirment que ce n’était qu’une stratégie pour lancer la sortie de son site internet. Alors vrai mea culpa ou coup marketing, l’effet est là : on a parlé d’elle ! Ça doit quand même bien lui faire plaisir.

Ainsi, les réseaux sociaux permettent de rassasier rapidement et fréquemment le mégalomane en nous. Capter l’intérêt des autres booste notre ego. Mais il faut veiller à ne pas tomber dans la surexposition et la surconsommation, car les autres aussi veulent attirer votre attention…

Et puisque le narcissisme est socialement accepté, je vous demanderais d’aimer, commenter et partager mon article. Il faut bien ça pour rassasier mon ego surdimensionné 🙂

 

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Une réflexion sur “La culture du narcissisme sur les réseaux sociaux

  1. Philippe dit :

    Chère Melissa, bravo pour ton article !
    Une chose me désole cependant : personne ne
    semble l’avoir commenté ! En bon prince charmant
    je vais donc corriger cette injustice;-)
    Donc voilà, je me suis intéressé au sujet que tu
    traite suite à un passage éclair sur twitter(3j^^).
    Cétait la première fois que je m’inscrivais sur un
    tel site car pour des raisons qui me sont propres,
    je n’y ai jamais été socialement tenu. De toute
    façon, ma perception du phénomène était la
    suivante :derrière la façade de progrès social
    universaliste et fraternel que représente les
    réseaux »sociaux », se cache le vieux projet du
    contrôle des masse par le contrôle de l’intime.
    Exemple : je n’aime pas spécialement les vidéos
    sur les chats mais parce que c’est la mode, je vais
    en retweeter. Pourquoi ? Parce que je veux être
    retweeté à mon tour^^. Une fille qui n’a pas forcé-
    ment confiance en elle va publier des photos d’elle
    pas forcément pornos mais un peu osées pour
    qu’on s’intéresse un peu à elle, etc…et voilà
    comment on passe des réseaux sociaux au réseaux « maquereaux »(je schématise mais dans
    l’esprit c’est ça). Donc voilâ, le miel, c’est l’égo,
    les mouches, c’est nous, et avec les réseaux sociaux, internet n’a jamais mieux mérité son nom
    de Toile. La grande question est donc :qui est
    l’Araignée ?^^
    Ps: en 3j, 13 abonnés en 15 tweets et 150 retweets
    😉

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