« Réseau social », le nouveau meilleur ami des humoristes ?

Il n’y a jamais eu autant d’humoristes à l’affiche. Voyant le nombre croissant de photos et de vidéos postés par ces derniers sur les réseaux sociaux. J’ai voulu savoir et comprendre comment les humoristes utilisaient les réseaux sociaux. Les réseaux sociaux offrent-ils de nouvelles possibilités de communication pour les humoristes ? Sont-ils leur nouvel meilleur ami ? Ou au contraire un ennemi ? Je me suis penchée sur le sujet, sourire aux lèvres.

Les qualités de l’ami « Réseau social »

Il y 20 ans, pour suivre ou revoir les bonnes blagues d’un humoriste, il fallait soit un lecteur VHS ou une cassette audio, soit une excellente mémoire qui nous permettait d’impressionner les copains après un copieux repas au restaurant en débitant mot par mot le cultisme sketch « L’addition » de Muriel Robin. À revoir pour le fun !

Aujourd’hui, si on veut épater la galerie en faisant rire les gens ou travailler ses abdos avec des gags, il y a YouTube et les réseaux sociaux. Pour le fan qui est seul chez lui le soir et qui souhaite se payer une bonne tranche de rigolade, rien de plus simple que de se mettre en lien direct et instantané avec son humoriste préféré, et ce gratuitement ou presque. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, on peut rejoindre une communauté de fans ou accéder via internet à une multitude d’archives retraçant l’intégralité des sketchs de son humoriste favori.

Pour l’humoriste, il est ainsi difficile de résister à cet ami. Tôt ou tard, ils ont fait connaissance et très vite l’ami « Réseau social » est devenu un pote incontournable. Parce que mises à part la télévision et la radio, il est le meilleur moyen de toucher son public.

Les possibilités qu’offre « Réseau social » sont nombreuses et désormais nécessaires pour les humoristes :

– Il permet par exemple de se faire connaître, de générer et de fidèliser une communauté d’amis, de fans, comme le montre le succès du premier spectacle du désormais populaire Norman, ou bien Nawell Madani, humoriste belge actuellement en tournée avec son one woman show « C’est moi la plus belge ». Révélée au public en 2011 après un passage au Jamel Comedy Club, elle a su augmenter le nombre de ses fans, certes grâce à ses spectacles en solo sur scène, mais surtout grâce à sa présence sur les réseaux sociaux avec de courtes vidéos de 15 secondes baptisées « Les instawell », petites vidéos humoristiques qu’elle partage d’abord sur Instagram et qui sont vite devenues virales.

– Il est disponible en tout temps, 24h/24h. Pour les humoristes, les réseaux sociaux permettent d’atteindre et de réunir leurs fans à n’importe quel moment, quelque soit la plateforme utilisée.

– Pour les humoristes, il est devenu primordial de fidéliser ses fans en diffusant du contenu de qualité et de façon régulière sur les réseaux sociaux. Plus le contenu est de qualité, plus la communauté partage, répond et interagit. Ce lien offre un sentiment exclusif de contact direct et de proximité. Il permet de faire des teasings pour les spectacles à venir, de prolonger le spectacle avant et après une représentation. L’humoriste peut même tester ses nouvelles blagues avec son public de façon ultra rapide. Les exemples sont nombreux :

  • En se mettant en scène avec son public à la fin d’un spectacle et en partageant ensuite les photos et vidéos sur les réseaux sociaux. Comme Baptiste Lecaplain, Bérengère Krief,
  • ou encore Kev Adams pris en vidéo par son staff et jouant devant 35’000 personnes lors du dernier Paléo Festival à Nyon.

Ces partages renforcent le côté communautaire parce que les gens se reconnaissent dans la vidéo et vont ensuite la partager. Plus important encore, ils permettent aux humoristes de mettre en scène leur vie, de raconter, comme le story-telling en politique, des histoires. Ces posts permettent aussi de donner envie aux followers, qui ne sont pas encore allés les voir sur scène, de participer au phénomène. Ces photos et vidéos sont fédératrices car elles sont drôles, joyeuses et permettent de s’associer à un succès.

– Autre argument positif la disponibilité. En cas de maladie ou d’impossibilité soudaine de se produire un soir, les réseaux sociaux sont également pour les artistes un bon moyen de communiquer rapidement et d’informer les fans malchanceux qui ne pourront assister au spectacle. Si en plus l’humoriste poste une photo de lui depuis le fond de son lit, il recevra alors en retour une avalanche de messages réconfortant. L’exemple du post de Nawell Madani sur Instagram en est un. Il n’a été visible que 3-4 jours, certainement le temps pour elle de se remettre d’aplomb, puis il a disparu de sa bibliothèque de photos. Flexible aussi donc, car on peut retirer un post à sa guise.

Nawell Madani Instagram

– C’est aussi un moyen de consolider un capital de la sympathie.

  • Un premier exemple avec Thomas Wiesel. En janvier dernier il poste une vidéo critique au sujet de l’UDC dans le cadre des prochaines votations nationales sur son compte Facebook et il est censuré du réseau social ! S’ensuit alors une vague de protestation auprès de sa communauté de fans, qui crée une page de soutien sur Facebook. Son compte n’est resté bloqué que quelques heures. Dans ce cas précis, l’expérience aura été positive pour l’humoriste car cela lui a permis de créer un joli buzz en suisse romande en surfant sur l’actualité politique du pays et, ainsi, de se faire connaître d’un plus large public.
  • Deuxième exemple avec Nawell Madani qui est pour moi un bon modèle de communication. Sur Snapchat, elle met en scène son quotidien. On peut ainsi suivre ses nombreuses ‘story’; en back-stage de sa tournée, dans les chambres d’hôtel, sur la route, lors de séances d’entrainement avec son équipe et ses danseurs, ses journées promo à la radio et dans les coulisses des émissions TV où elle est invitée, et même tous ses petits délires. Mais surtout elle répond et interagit avec ses fans. Lors de son dernier spectacle à Marseille, elle poste une invitation sur les réseaux sociaux et donne rendez-vous à ses followers sur le Vieux-Port pour aller faire un footing matinal. Et ça marche ! Plus d’une trentaine de fans répondent présent et s’élancent à petites foulées derrière elle. Une belle façon de partager un moment unique et privilégié. Elle en profitera ensuite pour faire une vidéo avec eux et la partager sur les réseaux sociaux. Des post que les followers ne manqueront pas de partager eux aussi avec leurs amis.

En somme, les réseaux sociaux permettent d’occuper le terrain, d’afficher une image de proximité, d’être présent au quotidien et d’avoir une présence plus marquée que celle offerte par les médias classiques.

We must be friend « Réseau social » !

L’application qui réunit ces qualités, qui a actuellement le vent en poupe et qui tend encore à progresser est Snapchat. Elle séduit chaque jour de nouveaux fans avec ces vidéos éphémères et vient même récemment de devancer Twitter en nombre d’abonnés.

Tableau des utilisateurs de Snapchat

Bérengère Krief, Norman, Rémi Gaillard, Cyprien, Kev Adams, Jarry, Nawell Madani, Jamel Debouze ou le très célèbre Comedy Centrale aux Etats-Unis… Ils sont nombreux sur Snapchat ! TableauComparatifHumoristesRS

Même Nabilla !             Non mais allo quoi - giphy

ComedyCentralUS

L’humoriste et comédienne Amy Schumer fait partie de la troupe du Comedy Centrale US.

Toutefois, à ce jour, et à l’inverse de Facebook, Twitter, Instagram ou Périscope, le point faible de Snapchat est qu’il ne permet pas encore de mesurer son audience.

On pourrait alors croire que « Réseau social » et l’humoriste sont de super potes. N’y a-t’il donc pas de face cachée ?

Avoir une communication cohérente et adéquate sur l’ensemble des réseaux sociaux demande du temps et une certaine assiduité. Certains artistes, comme Benjamin Biolay ou Christophe Willem, victimes de trolls, de commentaires blessant ou particulièrement méchant, de harcèlements et autres atteintes à l’intégrité sont allés plus loin en se retirant volontairement de certains réseaux sociaux. Il était devenu pour eux difficile de répondre à un flow de haine et d’insultes incessantes.

On arrive ainsi facilement à faire la liste des inconvénients des réseaux sociaux pour les humoristes :

  • Produire du contenu demande un investissement en temps. Ensuite, il en faut encore davantage et il est surtout très important de répondre aux followers. Edem, qui est au début de sa carrière, dit également que la notion de temps est importante lorsqu’un humoriste démarre une carrière et qu’il cumule en parallèle un boulot à plein temps. Thomas Wiesel m’a même confié que

« à Paris certains producteurs obligent même presque les humoristes à faire des vidéos sur les réseaux sociaux en complément, car ceux qui ne font que de la scène sont désavantagés ».

  • Les likes, les pousses levés et autres , ne sont que des indicateurs de sympathie et de vanité, car il ne se traduisent pas forcément en acte d’achat de billets pour aller voir un spectacle. L’humoriste doit réussir à convaincre les gens de passer par la caisse et d’acheter un billet.
  • Les détracteurs, ou trolls qui n’auraient pas apprécié un sketch, se multiplient souvent en même temps que la notoriété d’un humoriste. Il faut beaucoup de patience pour répondre à ces followers. Une autre expérience avec Thomas Wiesel. Celle-ci prouve le revers de la médaille, le jour où en avril dernier il poste la vidéo de l’une de ses chroniques radio sur le président turc. Depuis, il ne cesse de recevoir des insultes et des menaces. Il reconnait aussi que les réseaux sociaux peuvent parfois devenir encombrants, car ils ont permis la multiplication des humoristes, parfois au détriment de la qualité de leur contenu humoristique.
  • Les applications peuvent parfois aussi avoir un cycle de vie court. Il faut savoir s’approprier un réseau social, surfer sur les tendances, rester connecter sur les bonnes plateformes et s’informer. Sait-on jamais, l’application pourrait être amenée à disparaître, comme cela est arrivé.

Pour Thomas Wiesel et Edem Labah, deux humoristes romands que j’ai pu interviewer pour cet article et que vous pouvez retrouver ici, c’est plutôt « un ami » qu’un « meilleur ami », voir même des fois un ami encombrant.

Bref !

Qu’on soit aux Etats-Unis, en France, en Suisse ou même en Afrique rien ne pourrait arrêter un bon humoriste de faire rire son publique. C’est une certitude, un nouveau genre puisque question de génération. Plus l’humoriste est jeune, plus il sera actif et à l’aise sur les réseaux sociaux car ils sont désormais complémentaires. A moins d’avoir une exposition quotidienne à la télévision comme Nicolas Canteloup, il est difficile voire même presque impossible de se passer de ce nouvel ami. Aujourd’hui, les jeunes humoristes aiment se mettre en scène sur les réseaux, faire des sketchs en live et les partager. Ils n’ont pas peur d’être médiatique puisque c’est ce qu’ils recherchent, et, pour la plupart, ils cultivent très bien leurs images.

Qui sait, peut-être que si Charlie Chaplin, Louis De Funès et Coluche auraient encore été en vie, ils auraient eu des comptes Facebook, Instagram et Snapchat.

Aller, un dernier petit sketch pour la route !

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