Pourquoi sommes-nous accros aux réseaux sociaux ?

Autrefois, lorsque nous avions quelques minutes de libres, nous laissions notre esprit divaguer ou réfléchir, lisions ou alors acceptions de n’avoir rien à faire quelques instants. Désormais, pour la plupart de nous, lorsque nous avons 30 secondes, nous allumons immédiatement notre Smartphone pour suivre l’actu, qu’elle soit médiatique, familiale ou amicale. Pour certains, ces moments sont même devenus une addiction dans la journée.

Mon Smartphone, ma vie

Tout a commencé un matin, lorsque ma collègue m’a annoncé, sans aucune panique et aucun stress, qu’elle avait perdu son natel depuis trois jours. « Et tu arrives à vivre sans lui? » lui ai-je demandé. Sa réponse « bien sûr » m’a alors fait l’effet d’une baffe. J’ai réalisé à cet instant que, pour ma part, je ne pourrais pas vivre sans mon Smartphone. Pourquoi ? Tout simplement parce que depuis quelques années, il est devenu un membre à part entière de ma vie. Il dort à côté de moi, reste sur la table lorsque je mange, m’accompagne à chaque déplacement. Bref, il ne s’éloigne jamais plus de 20 centimètres. D’une part, pour que je puisse consulter à chaque heure (voire chaque minute) mes mails, mais surtout pour me permettre de rester connectée sur les réseaux sociaux (RS pour les intimes) afin de ne rien manquer de l’actualité du monde et des gens que je « follow », et d’autre part, pour pouvoir modérer ce qu’il se passe sur les RS de ma boîte.

Moi, accro ? Je crois que c’est un euphémisme ! Mais, heureusement, je ne suis pas seule et c’est toute une communauté qui est aussi dépendante que moi aux RS si l’on en croit cette vidéo :

Alors pourquoi sommes-nous si addicts à ses bouts de plastiques connectés ?

Voyeur ou narcissique ?

Dans son article « Les réseaux sociaux peuvent-ils devenir une véritable addiction ? », le magazine français Psychologies[1]  interviewe Michael Stora, psychologue et psychanalyste, spécialiste des mondes du numérique. Celui-ci nous livre quelques pistes nous permettant de comprendre pourquoi nous sommes si fascinés par le monde des RS. D’après lui,

 « Les réseaux sociaux assouvissent à la fois [un] besoin voyeur [n.b. d’observer l’autre], mais montrent aussi notre besoin quasi-vital de s’exhiber, de se montrer. Ce que cela révèle, c’est notre fragilité narcissique liée à une culture moderne de l’idéal, de la performance, de la réussite à tout prix. Nous allons chercher dans les réseaux sociaux des récompenses narcissiques qui vont nous permettre de nous sentir mieux ».

Ainsi, nous aurions d’un côté besoin d’observer les autres, pour savoir comment et ce qu’ils vivent au quotidien, pour nous comparer, nous donner des idées et des modèles à suivre ; mais nous ressentirions aussi l’envie de nous montrer sous notre meilleur angle pour récolter le plus de likes et le plus de commentaires, renforçant ainsi l’image que nous avons de nous-même de manière positive. Une recherche d’attention en quelque sorte. En effet, les RS font exister l’utilisateur lorsque ce qu’il partage génère des réactions. Ainsi, le simple fait de partager une photo ©myself, un selfie, une réflexion ou un post d’un pair confère un sentiment d’importance, une visibilité, mais aussi une appartenance à une communauté.

Une fois conscientes de ces éléments, j’ai décidé d’interroger mon entourage pour comprendre ce qu’ils appréciaient dans les RS. Voici, quelques exemples recueillis.

  • Pour une de mes collègues, il s’agit uniquement de suivre ce que font ses amis via leurs publications et de les commenter selon son intérêt. Pour elle, il ne s’agit pas de voyeurisme, mais simplement d’une discussion entre amis qui pourrait très bien avoir lieu sur la terrasse d’un café. Elle ne se considère pas forcément comme dépendante mais admet consulter son Facebook minimum trois fois par jour.
  • Pour une de mes amies, elle regarde, commente, s’inspire des personnes qu’elle suit, mais partage aussi sa vie, sa nourriture, ses tenues, ses achats & co sur les RS. Le but est de connaître les tendances, de rester au courant de l’actualité et d’être proche de ses amis. Pour elle, échanger avec ses followers lui permet de resserrer leur lien d’amitié et de partager encore plus d’anecdotes. Elle avoue aussi que les commentaires sur ses publications lui font réellement plaisir et que désormais elle a une véritable attente derrière chaque publication. Elle assume être dépendante aux RS et en rigole même.
  • Pour ma part, je crois être davantage voyeuse, qu’exhibitionniste. Par exemple, grâce à eux, je peux rester en contact avec des amis qui ont déménagé ou qui vivent un road trip. Cela me donne l’impression d’exister (même virtuellement) auprès d’eux et de la sorte je peux suivre ce qu’ils traversent quotidiennement. Cela me donne aussi accessoirement des envies et idées de vacances. De cette manière, je dirais que dans ma vie personnelle je suis davantage une utilisatrice passive qu’active mais que c’est  le contraire dans ma vie professionnelle, là où j’attends impatiemment les premiers commentaires et « like ». En effet, dans le cadre du travail, chaque réaction d’un fan va valoriser la qualité de ma publication (forme et contenu) et me faire bizarrement plaisir. Néanmoins, grâce aux cours SAWIsms je comprends désormais que pour être un bon community manager, il faut pouvoir le démontrer dans nos propres présences sur les RS.

Finalement, ce que je retiens au fil des discussions que j’ai eues (une dizaine composée de personnes entre 20 et 45 ans), c’est que les avis se regroupent. De telle manière qu’autour de moi quasiment tous ne pourraient pas vivre sans un accès quotidien à leurs RS. Ils assument aussi qu’ils sont sur les RS pour pouvoir suivre ce que vit leur entourage pour, d’une part, savoir ce qu’il se passe lorsqu’ils ne sont pas avec la personne en question et, d’autre part, pour échanger sur telle ou telle publication ce qui leur permet de se manifester pour renforcer une amitié notamment.

Une utilité avérée

Toutefois, au delà du caractère voyant ou exhibitionniste, Michael Stora relève que les RS sont aussi de véritables « relais : pour organiser une soirée, planifier un concert » et donc qu’ils possèdent aussi un réel côté pratique. Par exemple, ils permettent de voir qu’un ami participe à tel ou tel événement ou alors d’inviter des amis à une soirée.

D’ailleurs, je rajouterais que de mon côté les RS me sont d’une vraie utilité pratique et je pense que c’est notamment pour cela que ma dépendance s’est créé. Voici quelques exemples de l’utilité des RS dans mon quotidien :

  • Les RS me permettent d’avoir de l’information en continu et immédiatement. Auparavant, nous devions attendre le lendemain ou le TJ du soir pour être au courant des événements. Dorénavant, les médias « tweetent » et partagent immédiatement les informations. Nous savons presque tout en temps réel. Bien sûr, cela comporte des avantages et des désavantages (mais ce n’est pas le sujet de cet article).
  • Et professionnellement parlant, les RS sont de véritables mines d’or ! Les utilisateurs y laissent des informations très intéressantes ce qui crée une très belle base de données. En tant que marque ou entreprise, nous pouvons cibler des audiences et faire des veilles thématiques, mais aussi créer des sondages, demander des avis et cela sans attendre des mois comme il le faudrait avec une enquête de marché traditionnelle faite par un institut. Sans oublier de mentionner les influenceurs qui sont des personnes très suivies par de nombreuses personnes qui souhaitent rester « tendance ». C’est la raison pour laquelle, avoir à l’oeil certains influenceurs est primordial pour une marque. Il est même intéressant d’entrer en contact avec certains pour les inviter à un de nos évènements ou leur remettre un article de notre marque. L’idée étant qu’ils fassent ainsi la promotion de notre marque ou de l’article sur leurs RS et touchent ainsi leur communauté. De la sorte, les RS sont des outils non-négligeables dans notre stratégie de communication, mais il faut savoir les utiliser avec pertinence. En d’autres mots, il faut savoir quels RS exploiter pour notre cible et produire du contenu adapté à chacun et qui présente de l’intérêt pour notre communauté ou des prospects. J’ajouterais encore que les « concurrents » sont aussi présents sur les RS et leurs publications me permettent de me tenir au courant de ce qu’ils font, ce qui est pertinent.

 L’important, c’est les autres

Revenons désormais au cœur du sujet : « sommes-nous accros aux réseaux sociaux ? ». Si j’en crois mon entourage et mon expérience, je pourrais répondre par l’affirmative, mais finalement lorsque que je lis l’article du conférencier international Bertrand Duperrin[2] « Médias sociaux et dépendance : un vrai faux problème », je relève surtout qu’en définitive notre addiction ne concerne pas les RS mais plutôt les autres et cela peu importe le moyen qu’on utilise. Effectivement, selon Bertrand Duperrin,

 « L’Homme est un animal social. Il n’est pas accro aux médias sociaux, il est accro aux autres, à  la découverte. C’est plutôt une bonne chose. Car si on enlève « les autres », plus personne n’a de raison d’utiliser le média »

JessiLivia

 

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