Online pour l’éternité

Notre empreinte terrestre est vouée à disparaître au fil des années mais notre empreinte digitale va-t-elle perdurer à jamais dans les profondeurs d’internet ?

Un peu de projection dans le futur. Est-ce que les digital native se retrouveront tous avec un mémorial online ? Fini les pierres tombales se dégradant avec le poids des années et imaginons l’option de la digitalisation poussée à l’extrême.

Quand on connait les relations des jeunes avec les lieux de commémorations, on peut sans autre s’imaginer qu’une telle alternative puisse être développée dans le futur, rendant ces lieux accessibles sous une autre forme et directement sur nos appareils mobiles.

Mais quel en serait le contenu ? Le regroupement permanent d’une e-réputation dessinée, d’un nous amélioré, 
représentation idéale ne s’accordant que rarement avec les personnes que nous sommes vraiment ? Difficile à dire pour le moment mais nous pouvons déjà nous poser la question sur ce qu’il adviendra de notre soi virtuel sur le plus connu des réseaux sociaux : Facebook.

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Disparaître ou persister

S’il ne précipite pas les choses comme récemment en nous déclarant décédé plus vite que prévu,  Facebook nous offre de manière officielle les deux possibilités suivantes :

  • Supprimer notre compte.
  • Transformer notre compte en compte de commémoration.

Lorsque notre compte est transformé en compte de commémoration, les caractéristiques suivantes sont appliquées :

  • L’expression « En souvenir de » est affichée à côté de notre nom sur notre profil.
  • Selon nos paramètres de confidentialité, nos amis peuvent partager leurs souvenirs sur notre journal.
  • Nous n’apparaissons plus dans les espaces publics tels que les suggestions d’amis, les rappels d’anniversaires ou les publicités.

Néanmoins, pour valider les options ci-dessus, il vous faudra fournir des informations telles que la date à laquelle la personne est décédée. Facebook précise : « Pour que nous puissions traiter votre demande au plus vite, veuillez nous fournir une numérisation ou une photo de l’acte de décès de cette personne. »

Et oui… ça parait logique pour valider l’acte de décès mais l’extraction d’information est faite jusqu’à votre dernier souffle.

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Community manager funeste

Il est également possible d’anticiper et de choisir quelqu’un pour le nommer légataire de votre compte. Cette personne doit obligatoirement faire partie de vos amis Facebook. Elle aura donc, telle que dans l’application d’un testament, accès partiellement à votre compte avec les possibilités suivantes :

  • Ajouter une publication épinglée
  • Répondre aux nouvelles demandes d’amis
  • Changer la photo de profil et de couverture

Vous n’êtes donc plus là mais pouvez avoir de nouveaux amis, on n’arrête pas le progrès. À savoir que les comptes de commémoration sans légataire ne peuvent être modifiés.

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Visibilité de notre ancien contenu ?

Imaginons que demain matin, vous subissiez un accident mettant malencontreusement fin à votre existence, l’entier de votre vous digital se retrouverait figé tel qu’il est actuellement. Seriez-vous satisfait de toutes vos photos et publications visibles actuellement sur votre profil ?

Facebook nous précise dans ses conditions : « Les contenus partagés par la personne (par exemple, des photos ou des publications) restent sur Facebook et sont toujours visibles par les personnes avec qui ils ont été partagés. »

C’est un point essentiel à prendre en considération. On ne se rend pas toujours compte de l’image que nous projetons et de quel contenu nous rendons accessible à nos proches.

Exemple flagrant des photos de soirées arrosées ou, plus grave encore, des cas de cyberharcèlement chez les adolescents. Ceux-ci ne prenant que rarement des pincettes pour exprimer leurs pensées et partagent souvent du contenu sans discernement, à l’image du film Unfriended sorti l’année passée. Celui-ci qui nous propose une bonne phrase d’accroche dans la bande annonce :

« Sur internet, vos souvenirs sont éternels. Mais vos erreurs aussi. »

 

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Double deuil ?

L’épreuve de supprimer un numéro de téléphone, un contact, une photo qui nous tient à cœur… Difficile non ?

Témoignage d’une amie qui a traversé cette épreuve lors du décès de son conjoint et qui a clairement dû passer différents caps au niveau digital. Comme par exemple de changer son statut « en couple ».

« On se sent coupable de le faire, on se raccroche à ça comme à un souvenir qui appartient à notre identité en ligne. J’avais peur de la réaction de ses amis, qu’ils pensent que j’avais tourné la page trop rapidement ou que ce n’était plus quelque chose d’important pour moi. »

En plus de la coupure déjà difficile dans la vraie vie, on doit en effectuer une seconde sur la place publique : Facebook. Preuve inéluctable de l’importance qu’a pris notre identité digitale dans la société actuelle.

 

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Continuer à publier, mais pour qui ?

Pour rebondir sur la suppression d’informations liées à la personne, certains décident quant à eux de continuer à faire vivre le profil du défunt en publiant activement sur ce mur devenu commémoratif. Mais au fond, c’est quoi le but ?

Nos sentiments de manque, de tristesse, mais aussi de souvenirs heureux, regroupement de choses qui étaient généralement du ressort de la sphère privée et dont on parlait en cercle restreint, se retrouvent maintenant à la vue de tous. Affichés publiquement sur ce « mur de commémoration » de la personne.

Est-ce qu’inconsciemment on pousse cette recherche d’attention jusqu’à « profiter » d’un triste événement pour se mettre en avant ? Pour démontrer aux autres qu’on était la personne la plus importante aux yeux de notre proche ou que l’on partage les meilleurs souvenirs ? Probablement dans une minorité des cas.

Dans la majorité des cas, nous nous adressons directement au défunt sur le plan éditorial, comme si il était encore présent. Cette trace de nous, laissée au monde digital, prend alors la dimension d’un confessionnal. Voilà bien un mot qui ne cohabite étrangement pas très bien avec notre ami Facebook.

Certains en arrivent à des solutions plutôt originales pour « garder le contact » et faire passer la pilule plus facilement (ou pas) telles que la création de chatbot comme dans le cas présent. business

Un business à exploiter ?

Fleurir une tombe virtuellement ? Ça parait plutôt absurde, non ? C’est vrai qu’envoyer des fleurs en ligne, ça revient un peu à envoyer des like pour la faim dans le monde. L’utilisateur gagne en satisfaction personnelle mais concrètement l’acte est dérisoire.

Pourtant il existe déjà des cimetières en ligne depuis plus de 20 ans, comme celui-ci créé en 1995 et qui nous propose bien de laisser une composition végétale en plus d’autres options.

Du côté des changements plus pertinents, nous pouvons aborder les recherches généalogiques. Système déjà bien présent, qui sera probablement facilité avec le flot continu d’information que nous déversons sur le net.

Est-ce que les futures générations pourront engager de véritables fouilles virtuelles pour retrouver une quelconque trace de notre passage ? 

Certes, cela changera d’aller fouiller au grenier dans les vieilles photos poussiéreuses à la recherche de lointains ancêtres. L’histoire idéalement construite de millions d’individus sera à portée de quelques clics.

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