Il était une fois, des YouTubers qui vulgarisaient l’histoire…

Si YouTube est célèbre pour ses vidéos de chats, ses tutoriaux de maquillage, ou encore ses clips musicaux, la plateforme de Google est également le lieu de rendez-vous de passionnés de science et de culture. La transmission et la vulgarisation de l’histoire a donc naturellement trouvé ses amateurs qui ont su développer une approche très « web 2.0 » de leur passion. Je vous propose une petite analyse de ces chaînes et de leurs spécificités, en débutant par la présentation de quelques exemples francophones.

En français dans le texte

Les chaînes consacrées à l’histoire en langue française sont nombreuses, proposent du contenu de qualité et affichent un joli succès, autant en termes de vues que d’abonnés.

La star du milieu est sans conteste Benjamin Brillaud, 29 ans, et sa chaîne « Nota Bene » qui compte plus 500’000 abonnés. Issu du monde de l’audiovisuel et ayant fait un court passage en Faculté d’Histoire, il s’est lancé dans l’aventure YouTube en 2014 avec pour objectifs de vulgariser l’histoire et de la rendre attrayante auprès du grand public. Maniant humour et érudition, il propose souvent d’entrer en matière par la « petite porte », celle de l’anecdote, pour pouvoir ensuite explorer le contexte historique et social. En un peu plus de deux ans, Benjamin Brillaud s’est constitué une réputation allant au-delà de la plateforme de Google, ce qui lui a permis de publier un ouvrage, édité chez Robert Laffont, intitulé « Les pires batailles de l’histoire ».

« Nota Bene est une émission dans laquelle j’essaye de comprendre l’histoire avec un grand H avant de vous la transmettre. Le but est de faire découvrir de nombreux sujets en rapport avec l’histoire de façon légère et compréhensible, autrement qu’avec des énumérations de dates ! »

Rubrique « À propos » de la chaîne YouTube « Nota Bene ».

D’autres YouTubers ont également su tirer leur épingle du jeu. C’est le cas de Manon Bril et de sa chaîne « C’est une autre histoire ». Cette doctorante à l’Université de Toulouse âgée de 28 ans, qui tutoie son public, propose notamment de décrypter les codes de l’art antique en utilisant un langage simple et décalé. Dans ses vidéos, elle nous emmène en excursion dans la rue , dans des jardins ou encore au musée.  Son style particulier a su séduire le Musée d’art et d’histoire de Genève qui a conclu avec elle un partenariat pour une série de vidéos.

Mais YouTube n’est pas seulement le terrain de jeux d’amateurs ou d’étudiants. Les profs ont aussi leurs propres chaînes. C’est notamment le cas de « Parlons Y-Stoire »  qui est animée par un authentique enseignant français d’histoire-géographie en secondaire. En plus de lui donner une touche de légitimé, son métier lui permet de livrer quelques anecdotes amusantes sur ses élèves.

On peut encore citer, en vrac, la chaîne de Fabien Campaner et sa série « On va faire cours » consacrée aux clichés de l’histoire dans le cinéma, l’étonnante « Confessions d’Histoire » qui propose de « véritables » interviews de personnalités historiques (en costumes d’époques !) ou encore « La Prof » qui, comme son nom l’indique, est elle aussi enseignante.

Ces divers exemples francophones illustrent parfaitement la diversité et la richesse du contenu historique proposé sur YouTube et permettent de mettre en lumière certains codes qui font leur succès.

Enseigner, démystifier et divertir

Si les thématiques abordées sont très variées, on peut constater que l’accent est fréquemment mis sur une volonté de « démystification ». Le contenu n’a donc pas seulement vocation à instruire, mais également à changer les idées reçues, à faire évoluer les perceptions sur des faits ou des périodes historiques. L’exemple qui illustre le mieux cette tendance nous vient de la chaîne « Nota Bene » où Benjamin Brillaud se penche sur quelques clichés liés au Moyen-Âge et notamment sur le concept « d’âge sombre » associé à cette période.

Rendre l’histoire attrayante, en l’inscrivant dans des références qui parlent au grand public est une méthode couramment utilisée et permet d’attirer une large audience vers du contenu à la fois divertissant et pointu. Pour se faire, des œuvres culturelles modernes et populaires sont prises comme source de réflexion. L’exemple le plus probant nous vient de la sphère anglophone avec la chaîne « History Buffs » qui s’est entièrement spécialisée dans la critique de la véracité historique de films et de séries. Des grandes productions telles que « Braveheart », « Le dernier Samouraï » ou encore « Gladiator » sont passés sous la loupe de Nick Hodges, un jeune londonien passionné d’histoire qui se fait représenter dans ses vidéos par un avatar dessiné. Le succès de la chaîne, qui regroupe plus de 340’000 abonnés, lui a notamment permis d’être invité sur le tournage de la série « Vikings », produite par la chaîne de télévision américaine « History ».

HistoryBuffs

Image tirée du générique animé de la chaîne « History Buffs ».

Penchons-nous également sur la question de la forme: quels sont les moyens privilégiés par ces YouTubers pour s’adresser au public et leur transmettre leur savoir ?

Sans surprise, c’est le contact direct, face caméra, qui est généralement choisi. Il permet un rapport plus personnel avec l’audience que, par exemple, une simple voix off. La chaîne « scholagladiatoria » en est la parfaite démonstration. Créée par l’anglais Matt Easton, instructeur dans une école d’escrime historique, elle contient presque uniquement des vidéos où Matt, face à sa caméra, parle escrime, armes médiévales et batailles historiques tout en exhibant quelques pièces de sa collection. La simplicité de la présentation semble avoir séduit un large public: la chaîne compte près de 150’000 abonnés et les vidéos publiées affichent fréquemment plus d’un millier de commentaires.

shoolagladiatora.PNG

Matt Easton de la chaîne « scholagladiatoria » en pleine démonstration de ses talents d’escrimeur.

Certains YouTubers ont cependant fait le choix de proposer des vidéos dont la forme est plus élaborée. La francophone « Parlons Y-Stoire » et l’anglophone « Feature History » sont deux exemples de chaînes dont les présentations visuelles sont particulièrement soignées et qui font preuve d’une grande maîtrise dans l’intégration de cartes, d’animations ou d’extraits vidéos.

FeaturedHistory

Les vidéos de la chaîne « Feature History » proposent des illustrations de qualité pour accompagner la narration.

Au final, ce qui constitue probablement le point commun le plus marquant de toutes ces chaînes, c’est l’humour! Il est en effet omniprésent: jeux de mots, ton décalé, ironie ou sarcasme accompagnent le discours, même sur des thématiques à priori très sérieuses. L’histoire est ainsi amenée avec un brin de légèreté, ce qui apporte un peu de divertissement à son enseignement.

Construire une communauté

On ne le dira jamais assez, mais YouTube n’est pas qu’une simple plateforme d’hébergement de contenu. Elle constitue un véritable média social où les échanges, via commentaires, mentions « j’aime » ou contacts privés participent à la vie des chaînes. Être à l’écoute de son public, le pousser à s’exprimer, à débattre et s’adresser directement à lui est un élément fondamental pour attirer et maintenir une audience fidèle sur sa chaîne.

Les YouTubers spécialisés dans l’histoire ont su parfaitement intégrer ce concept et leurs contenus s’enrichissent fréquemment de suggestions faites par des fans. « Nota Bene » a ainsi intégré une catégorie de vidéos « Questions Histoire ». Il y répond à des interrogations ou développe des thématiques qui lui ont été directement suggérées par des auditeurs. Une déclinaison pour les enfants a également vu le jour.

Toutefois, les liens sociaux ne se limitent pas aux relations entre le YouTuber et son public. Savoir créer des connexions avec d’autres créateurs de contenu et amorcer un dialogue par vidéo interposée est également un excellent moyen de faire connaître ses productions au-delà de son cercle habituel. L’exemple ci-dessous montre une collaboration de plusieurs YouTubers dans une vidéo ayant pour thème la déconstruction de quelques mythes sur le Moyen-Âge. Les connaissances spécifiques de chacun des contributeurs sont ainsi utilisées pour couvrir plus largement le sujet.

Enfin, les contacts ne se doivent pas nécessairement se limiter au virtuel. Aller à la rencontre « IRL » des ses abonnés est une pratique éprouvée pour souder son audience et la transformer en une véritable communauté. Les conventions sur l’histoire ou les festivals qui invitent des personnalités du web en sont des occasions idéales.

Leshistoriques

« Nota Bene » organise chaque année à la Forteresse de Montbazon une convention dédiée à l’histoire où sont invités des YouTubers passionnés par la discipline. Affiche de l’édition 2017.

 

Conclusion

Ce tour d’horizon de chaînes YouTube spécialisées dans l’histoire nous montre que celles-ci ont su parfaitement intégrer les codes du web social et créer des communautés riches et actives autour d’une passion commune. Loin des grandes chaînes de télévision et de leurs coûteux documentaires, ces YouTubers ont su miser sur l’humour, le divertissement et une interaction privilégiée avec leurs abonnés, sans pour autant faire l’impasse sur la rigueur historique.

Je terminerais ce billet avec quelques conseils pour ceux qui voudraient se lancer dans l’aventure:

troubadour-154645_1280Oyez, oyez !
Pour votre audience, captiver,
Laissez-moi vous présenter,
Des techniques éprouvées.
Vulgariser sans tromper,
Enseigner sans ennuyer,
Telle doit être la clé,
D’une Histoire bien amenée!

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