Thomas Pesquet, le spationaute 2.0

A 400 km de la Terre, il n’aura jamais été aussi proche. Ultra-connecté via les réseaux sociaux, l’astronaute français est devenu en l’espace de quelques mois une personnalité médiatique adorée de ses concitoyens. Les dessous d’une communication digitale.

Pourquoi m’intéresser à Thomas Pesquet, me demanderez-vous. Cet astronaute en orbite me fait rêver et voyager au quotidien. Je le découvre au hasard d’un retweet de Darius Rochebin, notre présentateur vedette du Journal de la RTS. Une splendide photo de la Terre prise depuis l’espace par un inconnu à la tête dans un scaphandre.

Photo de profil de Thomas Pesquet

Mais qui est Thomas Pesquet ?

Astronaute de l’Agence spatiale européenne (ESA), Thomas Pesquet, 39 ans, est actuellement en mission de 6 mois dans la Station spatiale internationale (ISS). 550e homme de l’espace, 10e Français, il suscite un engouement sans précédent auprès du public français. En plus de ses multiples qualités (modeste, sportif, musicien, etc.) et de ses compétences professionnelles, c’est un communicant hors pair. A l’aide de photos, de vidéos et même de musiques, il relaie continuellement sur les réseaux sociaux sa vie dans l’espace. Proxima : le blog de sa mission, chaîne Youtube de l’ESA, partenariats avec les médias traditionnels et enfin actions de communication ponctuelles viennent compléter la palette des outils communicationnels.

Les réseaux de Thomas Pesquet en chiffres

« Mon astronaute »

Notre relation débute en douceur. Je m’abonne à son compte Twitter, puis à sa page Facebook. Instagram vient ensuite, « juste pour voir ». Alors quand il me faut rédiger un article de blog en relation avec les médias sociaux, c’est à lui que je pense : Thomas Pesquet, l’astronaute à la paradoxale proximité. Isolé dans l’espace mais proche grâce aux réseaux sociaux. Le nom de sa mission – « Proxima » – n’a pas été choisi au hasard, comme il l’explique dans son journal de bord.

Désillusion

Mon fil d’actualité Twitter, comme celui de centaines de milliers d’abonnés, est inondé. La fréquence des parutions sur les 3 plateformes m’interpelle. A croire qu’il n’a que ça à faire sur l’ISS ! Et puis tout bascule le jour où j’apprends qu’une équipe de communication de l’ESA gère ses présences. Stupeur et tremblements de terre dans mon petit monde. N’est-ce donc pas lui qui tweete depuis l’espace ?

Communication partagée

Jules Grandsire et Thomas Pesquet

Jules Grandsire et Thomas Pesquet

Jules Grandsire, responsable de la communication et des relations publiques pour l’ESA et son corps d’astronautes, me rassure :

Les contenus sont de Thomas. Quotidiennement il envoie par mail des photos avec de brefs commentaires que mon équipe va mettre en forme et publier sur les réseaux. En fonction des phases de la mission, une communication téléphonique est organisée. C’est ainsi que Thomas nous transmet les informations qui constitueront entre autres son journal de bord sur le blog de la mission Proxima.

Mais ne peut-il le faire lui-même ? Compliqué. En cause : la difficulté d’écrire en micropesenteur (imaginez vos mains flottant et ne se posant jamais sans effort sur le clavier de votre ordinateur) et le manque de temps. Il faut dire que le programme du spationaute est chargé :

  • 117 expériences scientifiques à réaliser en 6 mois : il y consacre la moitié de sa journée.
  • 2h30 de sport quotidien pour entretenir les masses osseuse et musculaire qui fondent dans l’espace.
  • Manutention de la station spatiale. Le samedi matin notamment, c’est ménage !

C’est le soir et le week-end qu’il s’adonne à l’une des ses passions : la photographie.

Thomas Pesquet au milieu des appareils photos

La modération des commentaires sur sa page Facebook est principalement du ressort de l’ESA. Elle répond également aux internautes et le fait en son nom propre.

Réponse de l'ESA sur Facebook

Certains fans ont parfois la chance d’avoir une réponse de l’astronaute lui-même.

Réponse de Thomas Pesquet sur Facebook

Intégration des réseaux sociaux

Depuis son arrivée à la tête du département en 2013, Jules Grandsire a intégré les réseaux sociaux à la stratégie globale de communication de l’ESA :

Ils sont progressivement devenus un outil important, nous permettant de remplir plus efficacement notre mandat de communication. L’ESA a la responsabilité de faire connaître ses activités et celles de ses astronautes, et de susciter l’intérêt du public pour le spatial.

Après une phase d’utilisation timide débutée en 2011, les réseaux sociaux prennent de l’ampleur en 2013, lors de la 1ère mission de l’astronaute italien Luca Parmitano. Fini le temps où les astronautes rentrent sur Terre et présentent alors le film de leur quotidien dans l’espace.

Soutien psychologique et outil pédagogique

Grâce aux réseaux sociaux, les spationautes ont la possibilité de parler pendant les missions et de partager leurs impressions en direct. C’est un soutien psychologique en plus d’être un outil pédagogique extraordinaire.

Une analyse de Jules Grandsire confirmée par le spationaute :

Vecteurs d’interactions

En plus d’un lien fort créé avec le public, les réseaux sociaux permettent d’avoir un retour sur l’intérêt éprouvé par les internautes pour le domaine spatial. Les interactions sont nombreuses et suscitées par Thomas Pesquet qui lance des défis à ses fans.

Un quizz sur Twitter

Pour la réponse, c’est ici.

Contenus uniformisés…

Un même contenu est généralement posté sur Facebook, Twitter et Instagram, les 3 réseaux principaux. Jules Grandsire justifie :

Les internautes veulent voir toutes les publications sur la plateforme qui a leur préférence.

L’exemple des côtes siciliennes sur :
Twitter

Tweet sur la côte sicilienne

Facebook

Post Facebook sur la côte sicilienne

Instagram

Photo Instagram de la côte sicilienne

Une traduction anglaise est systématiquement proposée. Sur Instagram, c’est même la 1ère langue tandis que LinkedIn ajoute également l’allemand. Le but, toucher un large public. Dur toutefois de motiver les foules en dehors de l’Hexagone. Il semble que les astronautes fassent vibrer une corde nationale, comme l’illustre récemment le succès populaire de Timothy Peake et de Samantha Cristoforetti dans leur pays respectif.

…mais respectant les codes et particularités des plateformes

Twitter

Avec une moyenne de 18 tweets par jour, selon la dernière analyse mensuelle de Twitter Counter, Twitter est sans conteste le réseau le plus alimenté. La restriction des 140 caractères forçant à aller à l’essentiel, c’est l’aspect news qui est mis en avant.

Tweet sur Présidentielles

Facebook

Permettant des formats plus longs et variés, Facebook est la plateforme idéale pour accueillir des posts éducatifs sur l’espace et sur les expériences scientifiques menées à bord de l’ISS. L’initiative est saluée et soutenue par les professeurs de sciences qui voient une opportunité de rassembler les élèves autour des matières scientifiques. De quoi faire naître des vocations auprès des plus jeunes.

Post Facebook sur expérience scientifique
Instagram

C’est bien sûr le côté esthétique qui prime sur Instagram. On y trouve des photos et vidéos uniques de la Terre. Les publications sont moins fréquentes que sur Facebook et Twitter.

Page d'accueil de Thomas Pesquet sur Instagram

LinkedIn

Sans grande surprise, les publications de son profil LinkedIn sont axées sur le métier d’astronaute, sur les expériences scientifiques réalisées et sur les activités de l’ESA.

Flickr

Les photos et timelapses (animations vidéos réalisées par une série de photos) sont systématiquement intégrés sur son compte Flickr. Les commentaires sont identiques à ceux d’Instagram. L’avantage : les albums facilitent les recherches de contenu en fonction d’une thématique.

Communication critiquée

Des critiques se font entendre du côté de la communauté scientifique. Pour Serge Brunier, écrivain spécialisé dans la vulgarisation de l’astronomie, tout cela ne serait qu’une communication savamment orchestrée par les agences spatiales pour redorer leur blason et justifier les sommes astronomiques dépensées pour les vols habités dans l’espace (retrouvez son article). Et Thomas Pesquet est perçu comme le « médiatique VRP » (représentant de commerce) de l’ISS.

Jules Grandsire clarifie :

Comme les autres astronautes de sa promotion, Thomas est inclus depuis le début dans l’élaboration du plan de communication. Ce serait réducteur pour lui de croire que l’ESA est seule en charge des aspects communicationnels. Ses réseaux sociaux sont un mélange d’authenticité, d’exclusivité et de spontanéité. Une communication trop institutionnelle sur les réseaux sociaux ne fonctionnerait pas auprès du public.

On retrouve en effet ses intérêts personnels dans ses publications : sports, littérature, musique. Le partage de sa playlist, avec le #songs4space, est l’une de ses propositions et constitue son originalité en termes de communication.

Tweet en musique de Thomas Pesquet

Autre reproche : le trop de communication. « Overdose de détails », « overdose de perfection », « overdose de Thomas Pesquet » : Slate.fr notamment exprime son ras-le-bol. Conscient de cette critique, Jules Grandsire n’a pas réduit la fréquence des communications de Thomas Pesquet :

Faut-il priver les personnes qui ont envie que Thomas partage ses impressions en direct parce qu’il y a un petit pourcentage qui trouve que c’est trop ?

Oui, mais le trop de communication ne tue-t-il pas le message ? Comme moi, vous avez peut-être pensé que Thomas Pesquet passait ses journée à prendre des photos et à les poster sur ses réseaux sociaux. Aux oubliettes les expériences scientifiques ! Le 10e article du journal de bord est consacré au thème de la communication. Il semble remettre les pendules à l’heure. Daté du 8 avril 2017, le post est toujours mis en avant sur le blog.

« Je rêvais d’un autre monde »

Communications trop fréquentes, orchestrées ou non, au final Thomas Pesquet nous donne de la hauteur et parvient à nous intéresser à un domaine complexe.

A quelques jours de son retour sur Terre, un sentiment semble se dégager dans les commentaires des fans. Une crainte de ne plus rêver devant la beauté de notre planète, de ne plus s’émerveiller des exploits et des prouesses techniques dont l’Homme est capable. Une appréhension à être finalement replongés dans un monde terre à terre loin d’être « peace and love ».

Rivés à notre écran le 2 juin 2017, nous attendrons avec impatience le moment où Thomas Pesquet sortira de la capsule. Les curieux, comme moi, continueront à guetter ses publications sur les réseaux sociaux. Il y prendra une part plus active toujours avec le soutien de l’ESA.

Et il y a fort à parier que Thomas Pesquet nous réserve un lot de surprises.

FB destination lune contour

Enregistrer

Enregistrer

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s