Culture au Point deux zéro

Avec son émission CULTURE AU POINT, Espace 2 s’essaie au langage des réseaux sociaux grâce à de petites capusles aussi malignes que ludiques. Coup de loupe

Pas besoin d’y aller par quatre chemins : lorsque l’on pense radio et réseaux sociaux, le premier exemple qui nous vient en tête – même au seul niveau suisse romand – n’est pas celui d’Espace 2. Et de loin. Effectivement, la deuxième chaîne du service public s’adressant principalement à des auditeurs dont la moyenne d’âge frise les 70 ans, elle n’a jusqu’alors pas montré, et ça peut être compréhensible, une forte volonté à vouloir conquérir des territoires numériques. Aussi, imaginez la surprise lorsque l’on tombe sur ceci au détour d’un post Facebook :

 

L’émission dont il est question dans ce trailer d’Espace 2, c’est Culture au Point, un format culturel hebdomadaire dégoupillé par Laurence Froidevaux qui rassemble différents chroniqueurs (journalistes, spécialistes, blogueurs) venant débattre de films ou séries qu’ils ont visionnés pendant la semaine ou d’un livre, BD qu’ils ont lus, un spectacles auquel ils ont assisté. Ce trailer, « Dans mon mobile », a été posté pour promouvoir l’arrivée dans l’émission de jeunes chroniqueurs, gymnasiens ou étudiants, qui viennent eux aussi donner leur avis sur différents sujets culturels. Un trailer qui a aussi été publié dans les Stories Instagram de la RTS et a passablement bien fonctionné. On l’aura compris, Culture au Point prend le pari d’afficher un ton en phase avec son époque, mais surtout, montre une réelle volonté d’utiliser les réseaux sociaux dans sa formule, d’en adopter les codes et le langage. Pour preuve, depuis ses débuts en septembre 2016, le format propose des petites capsules vidéo aussi ludiques que bien fichues qui ont le mérite de faire mouche sur Facebook:

 

Ces vidéos, simples et efficaces à la fois, interpellent pour deux raisons : tout d’abord par la qualité de leur réalisation, leur forme et leur graphisme, mais également parce qu’elles détonnent du contenu généralement posté sur la Page Facebook d’Espace 2. Effectivement, la chaîne a plutôt pour habitude de publier un contenu plus « statique », à savoir, l’intitulé d’une émission et le lien qui s’y rapporte, le tout accompagné d’une photo.

19125864_10155169226072787_1730516228_o

La différence du contenu Facebook réalisé par Culture au Point interpelle suffisamment pour avoir envie de se pencher sur la question avec Laurence Froidevaux, journaliste et productrice de l’émission.

Comment est né le concept de Culture au point ? Etait-ce la volonté d’Espace 2 de créer des capsules destinées au web ?
L’émission a démarré en septembre 2016 suite à ma rencontre avec Alexandre Bugnon de societe-ecran media. Nous avons imaginé le concept ensemble. C’est lui qui réalise les capsules vidéo. Mais non, l’inititative de l’émission ne vient pas d’Espace 2, je leur ai présenté le concept tel quel. On nous dit que ce serait bien d’être présents sur les réseaux sociaux, mais on n’a pas un pourcentage de notre temps de travail dédié à ça. Donc c’est à bien plaire, si les responsables d’émission ont envie de le faire, c’est leur choix. Moi je trouvais important d’exister sur les réseaux, pour toucher un autre public.

Vous avez tout de même pu obtenir un budget pour la réalisation de ces capsules?
Oui, une fois le projet ficelé, j’ai pu obtenir un petit budget pour les capsules. Nous avons évalué le montant à 500.- par vidéo, pour le tournage, le montage et le graphisme. Par contre, pour la préparation, la correction, etc., je n’ai pas un jour supplémentaire qui est alloué à ça. Tout ce processus prend beaucoup de temps.

C’est étonnant qu’au sein de la RTS il n’y ait pas un pool de réalisateurs pour les besoins du web !
Effectivement ! A chaque fois que la RTS a besoin de réaliser une petite vidéo pour les réseaux sociaux, elle fait appel à des externes. Les réalisateurs sont engagés pour faires des émissions de télé très léchées, mais pas autre chose. Mais je pense que ça va changer prochainement, que peu à peu la RTS va commencer à former des gens pour ça.

Du côté des animateurs, des journalistes, des producteurs, est-ce que vous avez des consignes de la chaîne par rapport aux réseaux sociaux ?
Il y a des modules de formation à l’interne, par exemple « Comment filmer avec son smartphone ? », mais bien souvent les listes d’attente sont longues. Mais sinon à Espace 2, je n’ai pas connaissance d’une directive. Encore une fois, il s’agit avant tout d’initiatives personnelles. Moi j’ai envie de continuer sur cette voie, parce que je trouve ça excitant. Je ne connais pas le langage des réseaux, j’ai l’impression d’être nulle dans ce domaine. J’ai appris le journalisme il y a 20 ans, d’une certaine manière, sur ce sujet, je suis larguée. J’aimerais savoir filmer et monter mes propres capsules.

Quels sont les retours quant à la manière dont votre émission utilise les réseaux sociaux ?
Plein de gens me disent avoir vu les vidéos, par contre, ils n’écoutent pas tous l’émission. Mais ça ne me dérange pas. On a eu des 9000 ou 10’000 vues pour certaines vidéos très populaires. Je pense que les capsules se sont améliorées avec le temps, mais on a atteint un plafond, il faut qu’on change, qu’on trouve autre chose. Les gens se lassent vite sur internet. J’aimerais bien mettre en place un dispositif plus simple, moins léché. On pourrait par exemple être filmé pendant l’émission ou juste avant. J’aimerais pouvoir diffuser ces capsules plus rapidement après l’émission. Aujourd’hui les elles sont postées 3 jours après l’émission. Mais quoi qu’il en soit, je suis constamment en train d’imaginer de nouvelles choses. Ce qu’on a fait là, c’était un ballon d’essai, et ça a plutôt bien fonctionné. Rien que pour ça, j’en suis très contente.

Laurence Froidevaux peut effectivement se réjouir du succès de ces capsules et du partage des internautes, si l’on met en perspective le fait que la Page Facebook d’Espace 2 ne compte que 5 389 abonnés. Afin d’avoir une plus grande circulation, ces formats ont été diffusés par la productrice elle-même, par quelques-uns de ses chroniqueurs, ont été postés, pour certains, sur la Page RTS, et ont bénéficié dernièrement d’un crosspostage sur la Page du Temps.

ESPACE 2 DANS LE PAYSAGE NUMERIQUE DE LA RTS

En jetant un œil sur le tableau des présences numériques de l’entreprise, on se rend bien compte que la route est encore longue pour Espace 2. Si ses consoeurs cumulent les canaux de diffusion, la deuxième chaîne peine encore à exister dans l’univers numérique. Une seule Page Facebook pour toute la chaîne (la Page de l’émission Le Labo, mentionnée dans ce tableau, n’existe plus), pas de profil Twitter ou Instagram, et encore moins de chaîne Youtube. A quelques couloirs de là, La Première et ses émissions cumulent au moins 10 Pages Facebook et autant de comptes Twitter. La transversalité entre radio et réseaux sociaux ne semble pas encore être une priorité pour la chaîne.

Pourtant, selon Magali Philip, journaliste et spécialiste réseaux sociaux de la RTS, il y a une réelle volonté de la part d’Espace 2 de s’améliorer sur les résaux, une démarche, selon elle, à saluer puisque c’est une chaîne qui a peu de moyens et dont les auditeurs sont âgés. La journaliste précise : « Il n’y a pas de stratégie spécifique à Espace 2, ça se passe au niveau de la RTS, mais comme pour toutes les chaînes, ce qu’on cherche à faire, c’est rajeunir l’audience, intéresser un public différent. »

Quels choix spécifiques ont été faits sur Espace 2 ?
Au niveau des réseaux sociaux, il y a eu la volonté de mettre l’accent sur deux émissions: Culture au Point et Magnétique. Ces émissions ont été choisies d’une part sur l’envie des producteurs à s’intéresser aux canaux numériques, et d’autres part car elles étaient, dans le fond, la forme et les sujets, susceptibles de coller à l’esprit Facebook, d’intéresser les internautes. Pour Magnétique, plusieurs Facebook Live ont été réalisés lorsque les émissions se déroulaient hors des studios, les capsules imaginées par le slammeur Narcisse ont aussi bien circulé sur les résaux.

 

Quel bilan tirez-vous de l’expérience réseaux sociaux avec ces deux émissions?
Nous n’avons pas encore tiré de bilan, nous devons nous voir très bientôt pour ça. Du côté de Culture au point et de Laurence Froidevaux, il y a une certaine lassitude pour les capsules vidéo dans leur format actuel. Je pense qu’elle a raison. Nous sommes tous très contents qualitativement, heureux du résultat, de l’originalité de la capsule, mais au final, ça ne fait pas un maximum de vues pour tout le travail que ça demande. Nous allons devoir réfléchir avec Laurence à des choses moins contraignantes, et un format plus engageant.

Au niveau du community management, comment ça se passe à Espace 2 ?
Pendant 6 à 8 mois, mon ancienne stagiaire s’est occupée, entre autres, de la page d’Espace 2. Mais à la RTS, nous n’avons pas de personnes vraiment dédiées pour le community management, à part pour RTSInfo, Nouvo et depuis peu, pour les magazines de l’actu TV. Ce sont parfois les producteurs, parfois le département promotion, parfois des journalistes ou des recherchistes qui s’occupent de nos comptes et Pages, en plus de leur travail. On est donc loin des radios en France qui ont parfois un CM par émission. Mais ça s’améliore progressivement, les choses bougent.On n’est pas dans la même cour que les médias français, mais on n’a pas à rougir. Si on compare nos ratios à l’échelle de la petite Suisse romande, on cartonne !

EN CONCLUSION

La radio du 21e siècle et les plateformes digitales, réseaux sociaux compris, sont de plus en plus indissociables. Les expériences de radio augmentée, de radio filmée, de capsules bonus font partie du paysage radiophonique contemporain, et la Suisse n’est pas en reste. On peut citer l’opération visionnaire Exils menée par le journaliste Nicolae Schiau, les capsules humoristiques « Les Orties » de Yann Marguet ou encore le parcours du 120 secondes sur Couleur 3 de Vincent Kucholl et Vincent Veillon, mué aujourd’hui en 26 minutes sur RTS Un. Autant de manières de flouter les contours d’un média en pleine (r)évolution qui est à l’écoute de son époque. Désuète la radio ? Elle ne cesse de nous prouver le contraire. Et lorsque l’on voit une chaîne dont l’audience moyenne dépasse l’âge de la retraite grimper dans le train des nouvelles technologies, il y a fort a parier que la radio de demain sera augmentée, ou ne sera pas.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s