Les médias sociaux sont devenus un outil essentiel pour les artistes – mais sont-ils bons pour l’art?

Il est difficile aujourd’hui de ne pas se laisser attraper par la forte marée des médias sociaux. Ils établissent des tendances, ils déterminent notre amitié, notre vie sociale et même notre vie professionnelle. Pas étonnant qu’ils aient aussi fini par envahir l’art contemporain!

Des services tels que Facebook et Instagram en sont venus à être considérés comme des espaces essentiels où les artistes émergents partagent leur travail. Les plateformes de médias sociaux ne lancent pas seulement la carrière des artistes sous le radar, mais aussi elles fournissent au monde une toute nouvelle façon d’accéder à l’art. Les artistes devaient d’abord obtenir le soutien des critiques d’élite du monde de l’art, des galeries et des collectionneurs de grands noms, ce qui conduisait à des expositions muséales avant d’atteindre les masses populaires. Aujourd’hui les artistes utilisent Instagram comme leur propre galerie d’art virtuelle tandis que leurs fans deviennent des critiques et des collectionneurs ainsi que témoins du processus créatif en temps réel.

Grâce à Facebook, Instagram, Twitter et Pinterest, un nombre croissant de personnes peuvent profiter de l’art et découvrir des expositions qui ont lieu partout dans le monde. Des enquêtes récentes montrent qu’un pourcentage croissant du grand public découvre l’art principalement par le biais des médias sociaux plutôt qu’en visitant les musées et les galeries, en particulier parmi les plus jeunes.

Mais comment les médias sociaux influencent-ils le monde de l’art, et quelles formes d’art utilisent les artistes qui façonnent les tendances culturelles et sociales contemporaines?


LES MÉDIAS SOCIAUX – INSTRUMENT DE VENTE

En plus d’être un excellent moyen pour améliorer la sensibilisation et l’engagement du public, l’utilisation efficace des médias sociaux devient un outil marketing précieux pour attirer un nouveau public et créer de nouveaux canaux de vente.

Comme une grande partie du marché se développe de plus en plus en ligne, il importe aux galeries elles-mêmes de s’engager auprès des collectionneurs par le biais de moyens numériques. Bien que les rencontres personnelles et les discussions restent un élément clé dans la vente de l’art, la communication efficace via les réseaux sociaux et la possibilité de commander des œuvres via les marchés en ligne pourraient accroître significativement les ventes.

Alors que les galeries d’art luttent pour garder leurs emplacements physiques, l’utilisation croissante des médias sociaux pourrait permettre aux ventes d’art en ligne de devenir un modèle commercial durable pour les galeries, et soutenir leur activités traditionnelles. Au fur et à mesure que des artistes développeront leur travail directement en ligne peut-être que les comptes médias sociaux des galeries et des musées deviendront de nouveaux lieux d’exposition.

Le domaine numérique est un nouvel environnement dans lequel les institutions peuvent réaliser leurs objectifs. Bien que cela implique souvent le lancement de sites Web personnalisés, les médias sociaux peuvent simplifier les choses. Par exemple, la galerie Tate a publié Pitheads (1974) – neuf photographies en noir et blanc de Bernd et Hilla Becher – sur diverses plateformes numériques; elles ont reçu plus de 4’000 ‘j’aime’ sur Instagram. Stefan Simchowitz, collectionneur d’art et producteur hollywoodien, utilise Facebook et Instagram pour promouvoir les jeunes artistes, discuter de leur travail avec d’autres collectionneurs et valoriser leurs œuvres en les exposant à un public de masse (son compte Instagram a plus de 73’000 abonnés).


LES MÉDIAS SOCIAUX – MOYEN D’EXPRESSION

Les artistes eux-mêmes ont réagi à la montée des sites de médias sociaux de manière créative. Depuis la fermeture de sa galerie La Scatola en 2013, la commissaire Valentina Fois a utilisé le site Web de la galerie comme plateforme en ligne pour une série de résidences numériques sous le titre #Post et #Post2. Quelque vingt-quatre artistes ont déjà produit des œuvres pour le site. Ceux-ci ont inclus des vidéos, des animations, des images et du texte – dont beaucoup ne pourraient exister qu’en ligne.
«L’art contemporain dérive de conditions et d’influences propres à notre société», explique Fois, qui a récemment organisé un pavillon pour The Wrong, la plus grande biennale d’art numérique au monde. «Dans les sociétés occidentales, beaucoup des paramètres sont formés par l’évolution numérique. Il est donc inévitable que les artistes soient influencés par Internet et la technologie numérique», dit-elle.

FATAL ERROR

Je me suis arrêté sur quelques personnalités marquantes de l’art contemporain qui se servent des médias sociaux ou les ont adapté à leur univers comme aussi sur des artistes qui développent leur travail autour et avec l’aide des médias sociaux depuis le début.

L’OUTIL DE CRÉATION

Amalia Ulman, est considérée comme la première artiste à faire entrer Instagram à la Tate Modern.

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Sur Instagram, Amalia Ulman a lancé en 2014, Excellences & Perfections – une performance en ligne dans laquelle l’artiste prétendait être une aspirante actrice américaine subissant une chirurgie esthétique. En réalité, elle se remettait d’un grave accident de bus. La caractéristique de ses œuvres est la confusion entre les faits et la fiction. À certains égards, le travail d’Ulman est typique d’une nouvelle génération d’artistes avertis sur Internet, pour qui les médias sociaux sont un moyen d’expression personnelle parmi d’autres.

Richard Prince, artiste peintre et photographe américain dont le travail est rattaché à la Appropriation Art

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Fin 2014, la galerie Gagosian présentait une nouvelle exposition de Richard Prince. Intitulée New Portraits, elle consistait en trente-sept captures d’écran Instagram mettant en vedette les propres commentaires de Prince sur ces photos. Le travail a été critiqué pour montrer (et par la suite vendre) des images que Prince a reproduites sans le consentement des créateurs. La controverse et l’appropriation ont toujours été le jeu de Prince. En reproduisant et en communiquant avec les publications Instagram et leurs sujets, New Portraits établit une vision plus intime du genre de travail pour lequel il est connu.

Hans Ulrich Obrist, commissaire d’exposition d’origine suisse, critique et historien d’art. Il est aujourd’hui co-directeur des expositions et directeur des projets internationaux de la Serpentine Gallery à Londres. Obrist publie quotidiennement sur son compte Instagram un phénomène qu’il décrit comme un « mouvement quelconque ».

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L’idée lui est venu du fait qu’à l’ère numérique, nous utilisons de moins en moins l’écriture manuscrite. En rencontrant de grands artistes, écrivains, scientifiques et architectes il a pensé de poster leurs écrits.  Il leur a demandé d’écrire simplement quelque chose de leur propre écriture. Des phrases, une sorte de tweet visuel mis sur Instagram puis sur Twitter. C’est devenu un rituel: chaque jour, il met au moins un post sur Instagram.

Marc Lee, artiste multimédia suisse. Il crée des installations interactives, de l’art en ligne, de l’art vidéo et des performances.

Sur le site pic-me il lancé un projet en ligne avec lequel on peut virtuellement voler vers les endroits d’où les utilisateurs envoient leur messages, sélectionnés au hasard, sur Instagram.

L’OUTIL DE COMMUNICATION

Takashi Murakami lance un InstaMeet et mille fans se précipitent à la galerie.

 

L’artiste compte aujourd’hui plus de 400’000 abonnés sur Instagram. En 2015, pour clôturer en beauté son exposition chez Gagosian, il lance un InstaMeet de dernière minute. Deux jours après que la star japonaise a annoncé l’événement sur son compte Instagram, environ 1’000 fans se sont dirigés vers Gagosian, en espérant une photo avec leur idole.

Kusama et la règle de 30 secondes. Le musée Broad qui abrite actuellement son exposition Infinity Rooms, impose au visiteurs à passer au maximum 30 secondes à l’intérieur de chaque installation, pour éviter que les preneurs des selfies ne provoquent de grandes files d’attente.

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Yayoi Kusama – Super Jumbo

Un compte, un seul post. Drôle et provocateur comme à son habitude Maurizio Cattelan crée sur Instagram un compte appelé « The Single Post Instagram » qui n’aura qu’un seul post. Il suit exactement zéro personne et il a 53’000 abonnés. Le but est de garder une page avec un seul post. L’approche est que ce post unique sera régulièrement supprimé et remplacé par un autre.

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Maurizio Catellan – All (Guggenheim réalise sa premiere application mobile pour promouvoir une exposition)

 


LES PLATEFORMES

instagram logo Instagram créé en 2010, est sans doute le réseau social le plus important pour l’art contemporain avec 500 millions d’utilisateurs actifs quotidiens. Comme le démontrent de récentes études, l’incroyable succès d’Instagram est dû au besoin de l’interaction, l’archivage, l’expression de soi, l’évasion et le peeking (jeter un coup d’œil), ce qui explique pourquoi la plateforme visuelle semble être le lieu de prédilection des amateurs d’art et il devient aussi un moyen légitime d’art contemporain.

artstack logo créé en 2011, compte aujourd’hui parmi les réseaux sociaux les plus influents du marché de l’art, adopté par 9% des acheteurs d’art en ligne. Réunissant plus de 650’000 œuvres en tous genres et de toutes époques, la plateforme permet de constituer sa collection virtuelle et la partager avec d’autres passionnés. On peut aussi effectuer des recherches sur des tendances ou des artistes. ArtStack permet aux artistes de diffuser leurs œuvres et propose une liste d’expos locales ou dans le monde entier.

curiator logo Curiator créé en 2014, propose également de construire sa galerie virtuelle en piochant les œuvres exposées sur la plateforme. Plus jeune que la précédente, Curiator a la même vocation, mais elle présente un catalogue intéressant et original, enrichi par les utilisateurs au gré des foires et des expositions d’art contemporain. Avec un design efficace et une navigation fluide, l’application se veut une extension du site web qui est également très bien conçu.


EVENEMENT

Escaping the Digital Unease vient de fermer ses portes il y a quelques jours à Langenthal. L’exposition présentait des œuvres de plus de trente artistes et collectifs qui abordaient le sujet de ces dernières vingt-cinq années de web et des nouveaux médias qu’il a généré.

Benjamin Grosser, Go Rando 2017

Benjamin Grosser – Go Rando

Avec le compte de médias sociaux, nous louons des services, que nous payons avec nos données et notre attention. L’heure est venue de s’interroger sur des nouvelles formes de critique, de revisiter les utopies du début de la toile, de créer des nouveaux réseaux d’art, d’activisme et d’amitié – la question des alternatives.

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