ARCINFO ET RÉSEAUX SOCIAUX: DU MARIAGE CONTRE-NATURE AU MARIAGE DE RAISON

Les réseaux sociaux bouleversent la vie quotidienne et les modes d’interaction entre les individus. ArcInfo, quotidien régional neuchâtelois, n’y échappe pas et fait face à cette révolution !

MODE DE COHABITATION
Les agrégateurs d’informations puis les réseaux sociaux bousculent les codes de la presse traditionnelle. Les journaux et les réseaux sont devenus deux sources parallèles ; ils se nourrissent entre eux et sont également en concurrence. Les réseaux sociaux sont le point de convergence de consultation par les internautes. C’est l’entrée au fil d’actualité global, constitué d’informations venant de toute part.

Par ailleurs, c’est le moyen pour les rédactions d’entrer en contact avec leurs lecteurs, de mettre en valeur leurs contenus, de générer de l’interaction et de convertir ce trafic vers leurs offres payantes.

Apports des réseaux sociaux
Les réseaux sociaux sont incontournables pour tous les médias. ArcInfo n’y coupe pas et intègre les réseaux sociaux dans sa stratégie digitale. Il communique sur sa marque, ses pages, diffuse ses contenus, bénéficie d’une relation de proximité avec son lectorat. De plus, il échange avec sa communauté et récupère des insights pertinents sur son audience. En retour, les réseaux sociaux lui offrent indéniablement une grande potentialité de promotion « naturelle » et grâce à sa communauté, une « vitrine » de choix.

Algorithme de Facebook
Avec sa nouvelle stratégie d’algorithme, Facebook pénalise les éditeurs de contenus professionnels au profit des contenus « d’amis ».

ArcInfo fait face à une diminution de sa visibilité « naturelle » et revoit son approche du webmarketing. Il sponsorise des contenus à forte valeur ajoutée, soigneusement choisis et travaille sur le ciblage lié à une thématique, une communauté ou une région.

RÉVOLUTION CULTURELLE AU SEIN D’UNE RÉDACTION
Les réseaux sociaux provoquent non seulement une révolution technologique mais encore culturelle, aussi complexe que passionnante. Ce changement forcé de mentalité cristallise parfois des tensions chez ArcInfo.

Citons trois angles :
Facteur temps : il faut passer d’une édition au rythme quotidien avec un lectorat passif, à la création de contenu autour de pics d’audience et à l’interaction avec sa communauté à tout moment.

Immédiateté : entre l’événement et sa diffusion, les médias ont perdu la primauté du flux d’information. Si la réactivité à l’actualité ne doit pas être négligée, il faut trouver d’autres pistes de communication et de contenus, en prenant du recul pour traiter des faits de société, fouillés et incarnés. Ceci nécessite une connaissance des audiences plus approfondie et d’être en phase avec ce qui les intéresse.

Interactivité réciproque : fournir des sujets d’actualité à sens unique ne suffit plus. ArcInfo a trouvé la solution pour générer de l’interaction avec ses lecteurs et valoriser leur appartenance à un club d’abonnés en les impliquant et en leur proposant une prise sur les contenus locaux.
Le Café Citoyen est né chez ArcInfo. Il offre aux lecteurs l’opportunité d’échanger avec la rédaction sur des sujets précis qui les préoccupent, la rédaction s’engage ensuite à les traiter. Une source très intéressante pour ce média régional pour faire émerger des contenus d’un autre type.

Dans ce registre-là, Nice Matin va plus loin…
Nice-Matin fait choisir ses sujets par ses abonnés

Facebook et Twitter
Ces réseaux sociaux sont devenus les alliés des rédactions et sont utilisés principalement pour de la veille, du networking ou encore pour engager leur communauté.

Un vif débat avec la rédaction même si les journalistes ne sont pas mesurés uniquement sur la qualité de leurs articles par rapport au nombre de likes ou de partages cest un

INFORMATION : DE LA SOURCE A LA DIFFUSION

Veille médiatique
Elle fait partie intégrante de l’activité chez ArcInfo. Le Community Manager, une nouvelle fonction au sein de la rédaction, collecte chaque matin, des informations, provenant de médias ou d’autres sources. Il recense les sujets attractifs des réseaux sociaux et du web, qu’il s’agisse d’actualités, de vidéos ou de photos. Cela permet de débusquer rapidement une nouvelle qui vient de tomber, des sujets dont on parle beaucoup et qui font le buzz.

Analyse, vérification et recoupement
Les sujets ainsi découverts seront analysés selon leur importance, incarnation et utilité pour la communauté. Puis ils seront vérifiés, retravaillés et étoffés. Un travail approfondi d’enquête doit s’ensuivre afin de recouper les sources et interroger les parties impliquées et approfondir les tenants et aboutissants de l’affaire.

ArcInfo doit souvent faire face aux remarques de ses lecteurs de ne pas parler de l’une ou l’autre actualité et d’être à la traine. Mais un média d’information se doit d’agir en professionnel. Un travail de vérification des informations et une prise de recul s’imposent. Il n’en va pas ainsi pour ce que diffusent Monsieur et Madame Tout-le-monde, comme le confirme Eric Lecluyse, Rédacteur en chef d’ArcInfo :

Quand ça fait le buzz

Fake News, le piège
Les réseaux sociaux ont déclenché une prolifération de Fake News comme jamais auparavant. Des affirmations erronées sont lancées de mauvaise foi. Ces Fake News sont partagées et multipliées, reprises sans vérification préalable, et en plus sur une blogosphère hyper partisane. Elles deviennent hors de contrôle.

Heureusement, à l’ère de la post-vérité des Fake News, les internautes sont de plus en plus soucieux des sources en lesquelles ils peuvent avoir confiance.

L’expérience professionnelle du journaliste joue, à ce moment-là, un grand rôle et permet de détecter rapidement s’il s’agit d’une information crédible ou non. Si cette information n’a pu être recoupée de manière sûre, elle ne sera pas diffusée. Quitte à prendre le risque de sortir l’édition papier sans elle ou de perdre la primeur de la diffusion.

NOUVEAU MÉTIER JOURNALISTIQUE
Les journalistes n’ont plus le monopole du contrôle des flux d’information. D’ailleurs, les nouvelles qui deviennent virales sont souvent produites par des utilisateurs lambda.

Longtemps, les médias se livraient en permanence à une course contre la montre. Aujourd’hui, l’importance est d’être bien placé, dans le peloton de tête des sites à forte audience sur son territoire.

Les réseaux sociaux, sont un grand tout, faits de contenus journalistiques ou non. L’enjeu pour les médias locaux, est de garder une visibilité de qualité dans ce magma d’information et de sortir son épingle du jeu grâce à son savoir-faire journalistique, qui se divise en trois degrés :

L’information factuelle, le fait divers, le buzz
Sur ce registre, ArcInfo n’est pas seul ! Il est face à d’autres médias et à des sites institutionnels, des blogs et des réseaux sociaux en général. Chacun peut poster une photo d’un incendie à côté de chez lui par exemple, suivi de quelques lignes.

Que peut-il proposer de plus ? Pas grand-chose finalement, éventuellement une photo de plus, un texte un peu plus long et le récit d’un lecteur…
Il n’y a ainsi pas de valeur journalistique.

Info factuelle

Le sujet d’actualité développé
Il faut passer au niveau supérieur pour avoir du rebond sur un sujet d’actualité, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde. Le journaliste professionnel prend du recul sur l’information, se réserve le temps d’y revenir, et d’en expliquer plus en profondeur tous les aspects.

Sujet d'actualité

Le sujet à forte valeur ajoutée : enquête, reportage, analyse…
C’est l’angle qu’ArcInfo travaille maintenant intensivement et là, il est confronté à beaucoup moins de concurrence.
Une actualité, qui devient un fait de société, c’est le dossier du moment. C’est alors que commence un réel travail de journalisme d’investigation. Un travail de fond, un travail difficile qui nécessite plus de ressources mais c’est la seule manière de parvenir à cerner le sujet, dans le but de monter un dossier détaillé et factuel. Ces développements auront une réelle valeur ajoutée, une meilleure longévité et deviendront une référence sur le sujet. Et ils pourront aussi donner envie aux lecteurs de s’abonner…

Sujet à forte valeur ajoutée.png

LE MOYEN DE CAPTER L’ATTENTION
Actuellement les lecteurs sont bombardés d’informations ; il est primordial d’attirer leur attention en investissant dans un contenu interactif, amusant et attrayant, ce qui les incitera à le partager socialement.

Là aussi, ArcInfo a dû revoir un nouveau mode de fonctionnement et fournir des contenus plus impactants et interactifs.

S’ajoute à cela, le nouvel enjeu du contenu vidéo. Tout le monde peut faire de la vidéo, nous trouvons sur le web, des vidéos professionnelles qui sont noyées au milieu de vidéos bricolage beaucoup plus nombreuses.

Cela coûte très cher de faire une vidéo de manière professionnelle. ArcInfo sait faire de manière ponctuelle, des vidéos-plaisir lors d’un événement local par exemple, qui ont d’ailleurs rencontré un grand succès. Mais pour des raisons de coûts, aucune cellule dédiée à la vidéo n’a pu, à ce jour, être mise en place.

Jeunes lecteurs, une cible primordiale
Son lectorat traditionnel étant plutôt senior, ArcInfo doit absolument atteindre une cible plus jeune pour s’assurer un avenir plus certain. Capter leur attention, voilà l’enjeu ! Ils veulent du court, du percutant et du facile à lire. Leur itinéraire de consommation de l’information passe par les réseaux sociaux, les blogs, les brèves, ou autres vidéos… et ils considèrent le gratuit comme normal. Les Millennials ont poussé les médias traditionnels à innover.

ArcInfo suit le mouvement de près et consacre chaque jour, quelques sujets bien choisis, destinés à cette génération. Prochainement, il va par exemple, aborder un thème prisé par ces Millennials: les influenceurs. Une série dédiée à ce phénomène, qui décryptera comment ces nouvelles stars du web sont devenues un levier formidable pour les marques et les leaders d’opinion des temps modernes, et en dévoilera l’envers du décor.

ENJEUX FINANCIERS
Pour ArcInfo, les réseaux sociaux ne sont pas, en tant que tels, une source de revenus. Le ratio, entre ce que rapporte l’édition papier et le digital, est de 1 à 10. Même une audience identique sur le digital ne pourrait égaler les apports financiers générés par le journal.

Si la solution miracle était connue elle serait déjà appliquée

Le nerf de la guerre, les contenus et les abonnements payants
Pour compenser le manque à gagner provoqué par l’érosion des ressources traditionnelles (publicité, abonnements), la stratégie consiste à amener les lecteurs à consommer des contenus payants et à s’abonner de manière plus fidèle. Seule cette orientation pourra assurer la pérennité d’ArcInfo à moyen terme.

Et à plus long terme ?
Aux yeux d’ArcInfo, d’une manière ou d’une autre, des soutiens publics sont indispensables. NoBillag a ouvert ce débat-là, sur ce qui doit être financé publiquement et pour quelle prestation. Parallèlement un nouveau financement pour des médias de proximité, qui sont de vrais acteurs dans leur région, deviendra certainement une réalité. A savoir encore sous quelle forme et quelles solutions pourront être dégagées.

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Le jour est proche où la menace de disparition de médias régionaux sera ressentie. Il faudra une prise de conscience politique et sociale. Il n’y aura pas d’autres choix que d’apporter des soutiens publics puisque le modèle sera en danger.

Sur ce thème:
le Conseil communal de Nyon a accepté de soutenir la presse locale

PROJECTION VERS LE FUTUR
Dans l’immédiat, ArcInfo devra sans cesse continuer à s’adapter aux codes de cette nouvelle communication et de diffusion, en constante évolution. Pour ensuite se réinventer et se calquer sur son lectorat, bousculer les mentalités au sein de la rédaction, affirmer sa place d’acteur de référence dans cet océan d’informations, tels seront les enjeux pour assurer la pérennité de ce quotidien régional.

Quel modèle pour ArcInfo dans 10 ans ?
… Silence de l’éditeur du quotidien neuchâtelois…
« Je suis confiant sur le fait qu’un public aura toujours un intérêt ou un besoin pour des sources d’informations professionnelles, vérifiées, indépendantes et neutres. Le tout gratuit à ses limites et même des générations largement plus jeunes que moi, vont commencer à le percevoir.

Progressivement le rythme de parution de l’édition papier ralentira. Dès que nos contenus s’affranchiront petit à petit du pur quotidien, le journal imprimé ne sera plus le support de prédilection pour avoir les nouvelles. Économiquement, nous devrons garder la dualité digital-papier, mais avec une formule digitale sur le modèle actuel mais encore plus sur un flux continu et exhaustif. Alors que le journal sera un « digest » des contenus digitaux et qui misera sur des articles de fond, avec une plus grande prise de recul et d’analyse.

Notre groupe ESH est en train de construire un nouveau centre d’impression, c’est la preuve que nous croyons que les éditions papiers ont encore au moins 10 ans devant elles. » conclut Jacques Matthey


Dans l’actualité
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4 réflexions sur “ARCINFO ET RÉSEAUX SOCIAUX: DU MARIAGE CONTRE-NATURE AU MARIAGE DE RAISON

  1. Fareeda Anklin dit :

    Devoir vérifier les informations avant de les diffuser… valable pour chaque personne sur le web ;-).
    Article très complet, merci !

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