Rester sobre malgré les réseaux sociaux.

Pierre Rahbi revient de Genève pour une conférence, Bea Johnson rentre après une tournée de 17 jours dans 16 pays, Dyril Dion passe régulièrement sur les plateaux de télévision… Les influenceurs dans le domaine de la sobriété se démènent pour nous donner leurs conseils. Mais cela peut sembler en opposition avec leurs principes.

 

La première critique que je vois venir est celle du non respect de ses principes. Pour les gens dont la sobriété n’est pas une préoccupation, Bea Johnson (152’000 abonnés sur Instagram) pourrait être une cible facile. Ses conférences s’arrachent à travers le monde et, agenda Instagram à l’appui, elle prend l’avion presque chaque jour pour aller prêcher pour son combat Zéro Waste dans des contrées où (comme elle le dit) peu en ont déjà entendu parler. De plus, il s’agit d’un thème assez émotionnel et les gens se sentent vite agressés lorsqu’on leur en parle. Il semble que la norme tende désormais plutôt à rouler en 4X4, acheter des produits par paquets de 12, s’offrir un nouveau téléphone (fabriqué en Chine, avec des métaux rares) tous les 2 ans, ou à manger de la viande à chaque repas. Dès lors, les influenceurs dans le domaine de la sobriété peuvent alors être perçus comme des donneurs de leçons ou des rabat-joie et le moindre faux pas leur est vite renvoyer à la face.

Cependant, il s’agit d’exceptions qui confirment la règle. Le leitmotiv de Bea Johnson, le Zero Waste, est de faire en sorte de vivre sans se priver, mais en réutilisant, en bricolant et en générant le moins possible de déchets. C’est donc une manière de vivre, qui s’applique au quotidien dans de nombreux domaines. Que ce soit au niveau de l’alimentation, des produits ménagers, ou des produits de consommation courante.

Comment parler alors de cette philosophie dans les réseaux sociaux ?

La plupart du temps, l’idée est d’alterner des tutos, des proverbes, des annonces de sorties de livres ou de conférences. Dans le cas de Bea Johnson, elle renvoie au maximum sur son site ou l’on peut la voir en scène lors de colloques, à signer des livres, ou a donner leurs conseils. Mais son site vend également de nombreux ustensiles utilises pour sa conversion au zéro déchet… Ça peut sembler antagoniste.

Être influenceur, c’est être connu, avoir un flux régulier et abondant d’information, de manière à ce que ceux qui vous suivent puissent repartager l’information au plus grand nombre. Pour Wikipédia, c’est « toute personne active sur les réseaux sociaux qui, par son statut, sa position ou son exposition médiatique, est capable d’influencer les habitudes de consommation. Il s’agit donc principalement d’orienter les habitudes des consommateurs. Pour le plus grand nombre, les marques investissent sur eux pour promouvoir leurs produits, leurs services. Tutos beauté, blogs voyages et autres conseils culinaires sont légion.

D’autres, au contraire, cherchent à promouvoir un état d’esprit, diffuser du savoir, une conscience… Parmi eux, on retrouve des gens comme Pierre Rabhi (434’000 followers sur Facebook). Grand pape francophone de l’agroécologie, il promeut depuis de longues années la sobriété heureuse. Il était récemment à l’Université de Genève pour une conférence sur la notion de bonheur national brut au côté du 1er ministre du Bhoutan, M. Thinley.

Le Bouthan, petit pays niché au cœur de l’Himalaya, a voulu baser la mesure de son pays sur son bonheur, plutôt que sur sa production. Cela peut donc se mesurer, mais ce n’est pas la question pour les particuliers. Pierre Rahbi, comme d’autres influenceurs, leur parle donc surtout et simplement de faire mieux avec moins. Mais « propager » cette bonne parole, c’était il y a encore quelques temps uniquement écrire des livres, participer à des séminaires, être présent lors de foire sur les thèmes de l’écologie et du développement durable. Aujourd’hui, il faut évidemment y ajouter les réseaux sociaux.

Jérémie Pichon, de la Famille Zéro Déchets, était début Mars à Namur pour parler de sa transition vers le zéro déchet. Sur leur site internet et les réseaux sociaux (Ze Page Facebook – près de 100’000 fans et 28’000 dans Ze groupe), on trouve une multitude d’articles pour aider les gens dans cette démarche, qui ne se fait évidemment pas du jour au lendemain.

Ainsi, on trouve donc aujourd’hui beaucoup de blogs, pages Facebook, compte Twitter ou Instagram, comme ceux vus plus haut, dont le but est de donner le maximum de conseils.

Comment alors promouvoir la sobriété, tout en n’étant pas non plus dans l’excès d’informations?

Être sobre dans la vie peut être compatible avec une activité sur les réseaux sociaux. Pour se déculpabiliser, on peut se dire que les informations que nous postons, sont stockées sur des serveurs dont une partie des acteurs jouent la carte du « green ». Et être sobre n’est pas synonyme d’un retour en arrière, comme semblent penser les plus sceptiques, ou un retour à la Terre, mais bien de se demander comment faire mieux avec autant, voire moins.

Cette prise de conscience n’est évidemment pas générale et il appartient à chacun, en fonction de ce qu’il ressent, d’agir comme il lui semble être juste. Ceux qui prône cette sobriété ont une sensibilité plus accrue pour ce thème et essayent de la faire savoir. Car pour eux, le plus important semble être que des solutions existent et que tout un chacun peut agir de son côté pour qu’un grand tout se forme. Cyril Dion expliquait récemment sur le plateau de C Politique sur la chaine nationale française France 5 comment les mécanismes du cerveau qui gèrent la peur ne s’enclenchent pas concernant un problème plus global (comme la pollution ou le réchauffement climatique), qui ne leur semble donc pas imminent.

Pour ceux qui pensent que les problèmes liés au suremballage, à la sur-consommation, ou à la mondialisation de l’économie sont imminents, l’action est souvent de mise. Les grandes associations internationales comme Greenpeace, par exemple, ont souvent des antennes locales. Il est ainsi très facile d’adhérer à certaines manifestations. Mais le tissu associatif dans ce domaine est très dense et vous trouverez certainement près de chez vous celles qui vous parle le plus en fonction de vos convictions.

Plastic AttackPar exemple, Samedi 2 juin 2018, nombre d’entre elles participent à Plastic Attack. Cette action vise principalement à inciter les consommateurs à prendre conscience du volume de plastique inutile qu’ils achètent sans s’en rendre compte. Le but est d’enlever (avec l’autorisation des clients) tous ces plastiques et sur-emballages superflus et distribuer des sacs réutilisables. Un des objectifs est aussi  d’encourager les géants de la distribution à limiter ce sur-emballage dans leurs rayons.

 

L’impact sur l’environnement est la préoccupation principales des gens qui visent la sobriété heureuse. L’idée étant, comme la légende du Colibris l’explique, de faire sa part, d’apporter sa petite pierre à l’édifice. La sobriété, c’est avant tout arrêter de surconsommer. Se limiter aux choses importantes de la vie peut aussi être une source de satisfaction.

Dans son Manifeste pour la Terre et l’Humanisme, Pierre Rabhi dit : « Il nous faudra répondre à notre véritable vocation, qui n’est pas de produire et de consommer jusqu’à la fin de nos vies, mais d’aimer, d’admirer et de prendre soin de la vie sous toutes ses formes. » Il ajoute également : « Dans la nature, le lion ne prélève pas au delà de ce qui lui est nécessaire. Il n’a pas d’entrepôt ni de banque d’antilopes. »

5R Cosedec.pngLa campagne Responsable.ch organise de nombreuses manifestations pour sensibiliser la population à cette problématique. Un de leur crédo : les 5 R.

Cette démarche essaye d’inciter les acteurs économiques que nous sommes tous à :

  • Commencer par réfléchir à son acte d’achat et à son impact
  • Eviter d’acheter si le besoin ne s’en fait pas vraiment ressentir
  • Réutiliser ce qui peut l’être et qui existe déjà
  • Prolonger la durée de vie de son objet, si possible
  • Et permettre un recyclage aisé en le retournant ou en le démontant.

Cette campagne a été accompagnée de petits spots postés sur les réseaux sociaux ou le personnage fictif de Jean-François Bollomé était complètement irresponsable et consommait à l’excès.

Pour les gens qui ne sont pas dans la même dynamique et qui ne partagent pas cette philosophie,  un 6ème R vient souvent s’ajouter. Rébarbatif ? Rabat-joie?… Un ancien collègue me demandait récemment ce que je ferais pour mon anniversaire. Quand je lui ai répondu que j’avais pas mal de restes à finir car le frigo en était plein, il fut assez surpris que je n’aille pas au restaurant en me disant que « on a qu’une vie » et « qu’il faut se faire plaisir ». Je lui ai répondu que j’y retournerai rapidement et que mon plaisir était aussi de passer la soirée tranquillement avec mon amie et que déboucher une bonne bouteille de vin nous avait suffit.

Mais, même si le Bouthan le fait, être sobre se mesure difficilement. C’est une somme de petites actions du quotidien qui font qu’on l’est. Pour terminer sur une note positive, je vous propose de regarder un film. Plutôt que d’être alarmiste et défaitiste, comme peuvent l’être le film d’Al Gore, celui de Leonardo Di Caprio ou Minimalism, celui-ci donne des idées pour consommer moins, plus local, en essayant d’apporter des solutions pour une économie moins globale, une politique plus directe, etc.

Pour moi, le film de Cyril Dion et Mélanie Laurent est un très bel exemple… à suivre.

Pour aller plus loin :

  • Pierre Rabhi : Vers la sobriété heureuse.
  • Bea Johnson : Zéro déchet
  • Famille (presque) zéro déchet : Ze guide
  • Et tous les liens hypertexte de l’article… 😉

Tanguy Lemaire

Une réflexion sur “Rester sobre malgré les réseaux sociaux.

  1. Fareeda Anklin dit :

    Vraiment sympa cet article. J’ai lu le livre de Bea Johnson et la suis sur les réseaux sociaux. C’est vrai qu’il y a un côté paradoxal à prôner le zéro déchet mais à prendre l’avion et être actif sur le net.

    Aimé par 2 personnes

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