Sion 2026: les réseaux sociaux, vitrine d’un Valais divisé

Le peuple valaisan se prononcera dans quelques heures sur le soutien financier à l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver Sion 2026. Un résultat très attendu qui signera l’arrêt d’une campagne acharnée, particulièrement disputée sur les réseaux sociaux.

Difficile d’ignorer le sujet qui rythme les conversations des habitants de mon canton depuis plusieurs mois: la candidature de la ville de Sion aux Jeux Olympiques d’hiver 2026. Des discussions qui ne se limitent pas aux réunions de famille et aux théories de bistrots mais qui envahissent aussi les réseaux sociaux. Je vous propose un petit tour d’horizon.

La portée des réseaux sociaux 

Pour comprendre l’omniprésence des réseaux sociaux et la toute-puissance de Facebook qui ne cesse de croître, il faut prendre la mesure de leur dimension dans la société. Pour cela, il suffit de consulter le panorama mondial actuel de ce type de média:

panorama medias sociaux 2018 monde


Le Valais n’échappe pas à la règle

Sur plus de 339’000 habitants, environ 130’000 personnes en âge de voter disposent d’un compte Facebook. Cela représente un valaisan sur trois!
A titre comparatif, le quotidien « Le Nouvelliste » compte 135’000 lecteurs (éditions print et digitale).

Le réseau social de Mark Zuckerberg est donc un média incontournable pour assurer la visibilité d’une campagne comme celle de Sion 2026.

Facebook, Instragram et Twitter

C’est donc logiquement qu’on retrouve Facebook parmi les réseaux qui servent de plateformes à la candidature de Sion 2026.

Fabrice Joliat est propriétaire associé de l’agence « ibrid communication » mandatée pour réaliser la campagne en faveur de Sion 2026. Il confirme l’importance des réseaux sociaux dans cette campagne et particulièrement celle de Facebook.

« Au vu du nombre d’utilisateurs et des avantages liés aux réseaux sociaux (visibilité, viralité, ciblage, interaction, coût de la publicité, veille, taux de pénétration, etc.), une campagne de ce genre se décline, aujourd’hui, inévitablement sur ce type de média. Nous publions principalement sur Facebook via les pages « Sion 2026 Oui » et « Sion 2026 ja », mais également en bilingue sur un compte Instagram dont le public-cible est un peu plus jeune et sur Twitter, passablement utilisé par les journalistes. »

Et Snapchat?

Je m’étonne de l’absence d’une présence Snapchat malgré le potentiel reconnu de cette application auprès des jeunes en âge de voter (plus de 70% des utilisateurs de l’application sont âgés de 18 à 24 ans).

« C’est une remarque pertinente. Il s’agit avant tout d’un choix stratégique mais aussi lié à notre budget. Snapchat est effectivement le réseau tendance chez les plus jeunes, mais son nombre d’utilisateurs ne représente qu’environ 10% de ceux de Facebook. Il n’est pas non plus un lieu de « débat » qu’on recherche lors de campagnes politiques. De plus, de nombreux utilisateurs de Snapchat possèdent également un compte Facebook et/ou Instagram et/ou Twitter. Des réseaux sur lesquels nous sommes hyper présents.»

Selon « Le Nouvelliste », le budget total de la campagne en faveur de Sion 2026 serait de CHF 250’000.-. Afin de situer clairement l’importance de Facebook, Twitter et Instagram dans la stratégie globale, je demande à Fabrice Joliat le pourcentage du budget qui leur est dédié, « il y a des informations qu’on ne préfère pas donner, surtout quand la campagne est en cours », réplique-t-il. Ma curiosité est un vilain défaut 🤷🏻‍♀️

La réalité

Face à la stratégie, il y a la réalité de la campagne Sion 2026. C’est une campagne émotionnelle, sensible, engagée et tendue. Omniprésente dans l’actualité, elle divise malheureusement le canton bien plus qu’elle ne le rassemble. Une tendance qui se vérifie sur les réseaux sociaux.

Facebook

Magie de l’algorithme et de la viralité, je découvre effectivement chaque jour, dans mon fil d’actualité Facebook, une avalanche de publications et de commentaires concernant Sion 2026. Un flot intarissable de contenus où les arguments pertinents des deux camps se noient au milieu des réactions épidermiques, instantanées et sans fin, symptomatiques de Facebook.

Ces échanges, souvent stériles, obligent les administrateurs des pages concernées à intervenir pour rappeler les règles de bienséance.

sion2026_commentaire_facebook_blogSAWI


Depuis plusieurs semaines, mon fil d’actualité ressemble donc à un débat « Infrarouge » auquel je n’ai pas toujours envie d’assister, provoquant lentement, mais sûrement, ma lassitude voire mon désintérêt pour la campagne.

Je rêve alors que Facebook me propose bêtement de visionner la vidéo d’un petit chat qui se prend une gamelle.

Twitter

Un Suisse sur dix serait sur Twitter. Très prisé des journalistes et des hommes politiques notamment, la plateforme n’est pas prise d’assaut pour s’épancher sur Sion 2026. J’y ai tout de même découvert quelques pépites 👉🏼 #Sion2026

dernier Twitter 1 pour article


 dernier Twitter 3 pour article

Instagram

Instagram quant à lui reste calme. Rien d’étonnant pour ce réseau dont la priorité reste le partage de photos et de vidéos qui font rêver. Ce que semblent respecter les utilisateurs dans le cadre de la campagne Sion2026.

sion2026_publication_Instagram_blogSAWI



Pour ou contre, même constat

Qu’ils soient partisans ou opposants à Sion 2026, leur avis est identique sur la qualité de cette campagne sur les réseaux sociaux.

L’ancienne rédactrice en chef et productrice RTS Romaine Jean est la directrice de communication de l’Association pour une candidature olympique suisse. Elle constate que les réseaux sociaux sèment notamment le doute auprès des électeurs.

« Ce genre de campagne est toujours très acharnée et les réseaux sociaux y jouent un rôle important. Ils permettent à chacun de s’exprimer, sans filtre, d’avancer des chiffres ou des faits erronés qui circulent en viralité. Cela devient dangereux. Il y a eu énormément de fake news qui ont été avancées sur le projet Sion 2026, certaines émanant d’ailleurs de médias installés. L’électeur est fatalement tenté, à la fin, de se demander qui dit vrai qui dit faux. C’est un facteur d’insécurité qui peut aboutir à une remise en cause dans tous les camps, une perte de confiance qui peut saper les fondements d’une démocratie directe. Quelle que soit l’issue de la votation, il faudra un jour se pencher sur l’influence de la révolution numérique en politique. »

Romaine Jean ne souhaite pas s’exprimer sur les attaques personnelles dont elle a été la cible sur Twitter, notamment.

« Ce serait rentrer dans leur jeu. Je dialogue avec tout le monde, respecte toutes les opinions et n’ai pas proféré une seule attaque personnelle bien sûr durant cette campagne. Je demande une même attitude à ceux qui veulent échanger avec moi. »


Le conseiller national socialiste valaisan Mathias Reynard est opposé à Sion 2026. Lui ne fait pas de zèle à ce sujet sur les réseaux. Observateur, il confirme le sentiment général.

« Je n’ai jamais vu le canton à ce point divisé ni une campagne déraper autant sur les réseaux sociaux! Pour un projet qui se dit rassembleur, c’est malheureusement tout le contraire qui se produit. Il n’y a pas de véritable débat, ce qui se vérifie sur les réseaux sociaux. De plus, certains commentaires sont vraiment déplacés, allant jusqu’aux attaques personnelles. Quel que soit le résultat, j’espère que les valaisans pourront retrouver un esprit de cohésion après le 10 juin. »


David Crettenand, député PLR au Grand-Conseil et co-président du comité de campagne en faveur de Sion 2026, est très actif via ses profils Facebook, Twitter et Instagram. Il est aussi l’initiateur du groupe fermé « Et si Sion2026 devenait réalité? ». Un engagement quotidien qui demande beaucoup d’énergie et ne fait pas toujours l’unanimité. Un petit tour sur les commentaires de ses publications suffit à s’en rendre compte.
S’il fait le même constat, il trouve tout de même un avantage à l’utilisation des réseaux sociaux.

« La campagne Sion 2026 sur les réseaux sociaux est misérable! Mais on est obligés d’y être pour être vus et entendus. J’ai quand même des retours positifs de personnes qui ont changé d’avis en voyant mes posts et qui les utilisent pour convaincre plus loin. Mais cela demande une énergie dingue et personnellement je suis épuisé. »



Les réseaux sociaux vont-ils influencer le résultat des urnes?

Personnellement, je ne pense pas. Ils semblent qu’ils aient conforté les utilisateurs dans leur intention de vote première. Malheureusement, entre règlements de comptes puérils et déballage pro ou anti candidature peu glorieux, ils ont surtout servi de vitrine à la promotion d’un Valais divisé.

Sondage Facebook réalisé du 15 au 25 mai 2018


Et après

Difficile d’éviter les dérapages de ce type de campagne à l’avenir, sachant qu’on ne peut interdire à chacun de s’exprimer librement sur les réseaux sociaux. S’y afficher implique certes de s’exposer à une interactivité et à une viralité difficilement maîtrisables. Mais ne pas communiquer sur les réseaux sociaux, c’est prendre le risque de ne pas être entendu. Cela qu’on soit partisan ou opposant.


Quel que soit le verdict des urnes, espérons que le Valais saura se réunir autour du résultat… ou, du moins, autour d’un verre.
Réponse dans quelques heures…#monbeauvalais 😍🤞☀️🏔


💧 Sources
📷 Image à la Une

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s