Quels risques et dérives pour les réseaux sociaux

De nos jours, les réseaux sociaux sont omniprésents. Ils ont intégré notre vie, souvent par le biais de notre smartphone, au point qu’on en vient à se demander comment les gens faisaient avant. Achat en ligne, réservation de restaurants, recherche d’informations, organisation d’évènements : les réseaux sociaux permettent tout, tout le temps, et avec tout le monde. Une révolution. Qui a emporté avec elle ses risques. Et ses dérives. Petit tour d’horizon.

Les chats

Et la première est simplement celle d’y passer trop de temps. Qui ne s’est jamais « perdu » sur Youtube, après avoir « juste regardé une vidéo de chatons » ?

Personne ? Pourtant, vous avez cliqué sur la vidéo. Juste pour voir. La nature humaine est comme cela.  Et un jour, les chats gouverneront le monde. Mais ca, c’est une autre histoire.  Mmmmmh ? 💡

Bad buzz

Parlons sérieusement. Le grand public s’en délecte souvent quand il touche des marques connues : le « Bad buzz ». Ses conséquences sont parfois drôlissimes – pour l’internaute bien sûr – mais souvent catastrophiques pour l’entreprise touchée. Qui, elle, ne rigolera pas vraiment, s’efforçant d’effacer les traces d’une erreur commise par l’un de ses employés, ou d’une faille de sécurité utilisée à mauvais escient. En soi, l’exemple du Ministère français de la Culture, en juillet de cette année, est éloquent. Dans la nuit du 17 au 18 juillet, le compte twitter du Ministère de la Culture, fort de 295’000 followers, commence à diffuser des tweets clairement déplacés, alpaguant et provoquant les twittos , allant jusqu’à l’insulte. Cela durera plusieurs heures.

Le pirate ? Tout simplement le fils de la Community Manager. Laquelle avait « juste oublié » son ordinateur, allumé et avec sa session ouverte, dans le salon. Un exemple qui démontre que le risque est omniprésent, et peut se présenter là où on l’attend le moins. D’où l’intérêt de penser à tout, même à la faille la plus grossière.

Lorsqu’on gère une marque ou un organisme sur les réseaux sociaux, on est responsable de son image. Il est donc primordial de se poser les bonnes questions à l’avance. De préparer des scénarios. Et d’avoir une réponse adaptée à la crise prête pour une majorité de possibilités. Dans le cas contraire, le manque de réactivité, de rapidité et surtout l’absence de réponse adéquate peuvent se solder par de sérieux dégâts en terme d’ E-reputation, et provoquer des dommages colossaux.

trump-tweet-450x333

Des menaces contre la Corée du Nord, a tout hasard. 🙄

Cet exemple est un cas d’école en termes de gestion de crise, mais il se limite à la bêtise humaine. Imaginez une seconde si le compte de Donald Trump ou de la Maison Blanche, par défaut de sécurisation, se retrouvaient en de mauvaises mains. Et diffusaient des contenus inadaptés.

Que les pirates soient des hackers ou des ados, que cela découle d’une réelle volonté de nuire, ou au contraire d’une blague de potache, cela ne changerait rien aux conséquences. Un compte mal sécurisé peut avoir des effets aux conséquences catastrophiques.

Ok, mais pour nous ?

« Ce type de problème ne nous concerne pas », aura tendance à penser le citoyen du monde. Évidemment, de tels pirates s’attaquent en premier lieu à des marques et à des États, désireux qu’ils sont, d’une part de déstabiliser un système qu’ils dénoncent, et d’autre part de démontrer leur supériorité. Mais il existe bien des arnaques, bien des problèmes, que les citoyens ordinaires peuvent rencontrer. Et dans ce cas, ils se trouveront fort démunis, car les armes et la puissance de feu pour riposter seront souvent – tout le temps ? – bien moindres.

Usurpations d’identitéfingerprint with bar code

Les usurpations d’identité, font, elles aussi, beaucoup de dégâts. Il suffit de créer un profil, avec le nom et la photo d’une personne existante, puis d’y ajouter ensuite la même liste d’amis. Beaucoup accepteront sans méfiance, et il sera alors facile de se faire passer pour quelqu’un d’autre. Il faut garder en tête que les escrocs ont toujours un coup d’avance, et usent des méthodes les plus sophistiquées.

Cambriolage

Un simple profil Facebook peut d’ailleurs fournir beaucoup d’informations. Il y a le classique « Youpie, je suis en vacances aux Canaries » qui se transforme en un appartement cambriolé une fois de retour au pays. Ou l’abus de faiblesse, dans lequel un individu récolte des informations (publiques, évidemment) sur sa victime afin de pouvoir s’en rapprocher, et de profiter de sa détresse pour la détrousser, ou pire, en abuser.  Au jour d’aujourd’hui, nous sommes en effet, selon « Le journal du net », près de 2,7 milliards d’utilisateurs Facebook actifs chaque mois. Autant dire que les escrocs ont le choix.

Notre quotidien se digitalise

Et ce d’autant plus que le digital adopte une vraie transversalité. Transversalité des comptes avec la multiconnexion et la multiplication – ou la duplication – des mots de passe. Transversalité des modes de consommation avec un suivi permanent des contenus quel que soit la plate-forme. Nombre d’adultes sont dépassés par cet environnement digital qui les entoure. Et préfèrent ne pas s’en occuper. S’ils n’y sont pas, ils ne risquent rien, pensent-ils. Et justement, le danger est là. Car personne ne sera là pour s’assurer que les risques sont contrôlés. Les nouvelles technologies sont là, et bien là. Et elles progressent. Vite. La courbe est exponentielle. C’est le système entier qui se digitalise. Bientôt, on ne pourra plus voter, prendre un rendez-vous de médecin ou payer de facture sans avoir de connexion internet. Cela n’est pas sans poser de nombreux problèmes. Car cela requiert des connaissances et des compétences difficiles à acquérir si on n’a pas grandi avec. Allez donc expliquer le concept du Swipe Up ou même de l’écran tactile à ma grand-mère de 84 ans, qui n’a jamais touché d’ordinateur de sa vie. Elle doit pourtant faire ses paiements tous les mois et voter lors des élections. Des moyens de passer outre le digital existent mais ils sont de plus en plus surtaxés. Le risque est que l’on se dirige une fois encore vers un statut social défini par le pouvoir d’achat.  Ordinateur, smartphone, connexion internet, autant de coûts qui sont passés du futile à l’indispensable au fil des années. Et qui ne sont pas forcément à la portée de tous. Un retraité qui ne perçoit que l’AVS touche moins de 2000.- CHF par mois. Ce qui amène le problème suivant, celui des moyens : faut-il être riche ou tout du moins aisé pour utiliser le digital ?

Les enfants et les adolescents, une cible facile… et fragile

En première ligne de ces risques, nombreux et souvent insoupçonnés, il y a la jeune génération. Celle qui est le plus à l’aise devant des technologies qui l’ont accompagnée, généralement depuis sa naissance. Et paradoxalement la plus fragile, car devant se construire face à cet univers.

Les adolescents sont les plus nombreux, mais surtout les plus actifs sur nombre de réseaux, Snapchat et Instagram en tête. Ils sont donc logiquement les premières victimes de harcèlement, d’injures, ou de photos obscènes. Ironie du système, des vidéos mettant en garde contre ces dérives fleurissent également… sur les réseaux sociaux.

Dernier exemple, extrême, de dérive tragique : Periscope. Lancée en 2014, l’application de diffusion de directs est régulièrement sous le feu de l’actualité, dont le paroxysme est atteint en France le 11 mai 2016, lorsqu’une jeune femme victime de violences décide de mettre fin à ses jours en direct.

Au final, les mineurs, enfants comme jeunes adultes, n’ont souvent pas conscience du fait qu’ils partagent leur vie privée sans filtre et que leur intimité est exposée publiquement. En toute bonne foi, et en méconnaissance totale du système et de ses règles de confidentialité, certaines de leurs images et de leurs vidéos peuvent se retrouver bien malgré eux sur des sites sensibles. Évidemment, chaque photo n’atterrit pas sur de tels plate-formes, mais les images et les données sont là, stockées, invisibles… A disposition d’une âme potentiellement mal intentionnée. De vieux fichiers, postés il y a des années par les parents, peuvent refaire surface, et provoquer l’humiliation.

Le rôle des adultes

Ainsi, les adultes n’ont pas forcément conscience non plus des risques qu’ils peuvent faire prendre à leur progéniture. Selon une étude menée par McAffee, seuls 24 % des parents considèrent que leur enfant pourrait être embarrassé par une photo d’eux mise en ligne sans leur consentement.

Justine Atlan, directrice d’e-enfance.org, association de protection des mineurs sur le Net, explique qu’il faut être très vigilant :

« Il m’est arrivé de recevoir des parents catastrophés en comprenant que des photos de leur fille préado, capturée innocemment en maillot de bain pendant des vacances, s’étaient retrouvées sur un site érotique… »

Un exemple parmi d’autres, qui exprime parfaitement la problématique. Elle poursuit:

« Poster une photo sur un réseau social, surtout si elle est marquée du nom de l’enfant et géolocalisée, est facilement trouvable via Google bien des années après avoir été prise. On n’anticipe pas les dégâts, sous forme de moqueries entre camarades pouvant aller jusqu’à l’humiliation et au harcèlement à l’adolescence, d’un cliché montrant un gamin avec les oreilles décollées, des bagues dentaires ou une coiffure démodée. »

Cela peut conduire à des extrêmes, comme ce cas d’une jeune femme ayant porté plainte contre ses parents, en Autriche, pour avoir publié plus de 500 photos d’elle durant 7 années. Malgré les demandes de la jeune femme, son père a refusé de les retirer, s’estimant dans son bon droit, car auteur des photos incriminées. Ce cas, qui pourrait créer une jurisprudence essentielle… n’existe pourtant pas. C’est un bel exemple de fake news qui, en plus de nous obliger, nous autres journalistes et bloggeurs, à prendre du recul, illustre parfaitement le malaise et le flou qui entoure la cybersécurisation des réseaux sociaux.

L’enjeu éducatif est également essentiel. Car en publiant de telles images, en les partageant sur le web et les réseaux sociaux, les parents « normalisent » ce comportement auprès de leur progéniture. Et il leur sera difficile par la suite de leur expliquer la dangerosité potentielle lorsqu’ils seront adolescents, et utilisateurs de ces mêmes réseaux.

Prévention et conseils

Un père de trois enfants m’expliquait il y a peu qu’il « ne comprenait rien aux stories Instagram » et que de toute façon, il ne « recevait pas les notifications ». Une simple remarque anodine qui démontre, si ce n’est la méconnaissance des réseaux, l’absence de curiosité nécessaire à les comprendre. C’est pourtant par ces mêmes réseaux, et par leur évolution constante, que des failles peuvent se développer au fil du temps. C’est à nous, parents, de nous informer. A nous, parents, de mieux les protéger. A nous, parents, d’être attentifs aux changements de comportements de nos enfants, qui pourraient nous alerter. Il est essentiel de préserver nos enfants, car justement, ils sont en train de bâtir leur identité, leur caractère, avec leurs doutes et leurs certitudes.

C’est justement dans ce but qu’avec une simple recherche sur internet, je suis tombé sur le site E-enfance.org. A priori, une bonne source d’information. Sauf que. En parcourant le site avec un œil de spécialiste, je tombe sur le descriptif des différents réseaux existants: « Twitter : plateforme de microblogging. Limité à 140 caractères par message (tweets) ». Or, depuis le mois de novembre 2017, il est possible de tweeter jusqu’à 280 caractères. Cela signifie qu’il y a un an qu’il n’y a plus eu de mise à jour, au minimum. Une éternité, dans ce monde ou le temps accélère en permanence. Tous les conseils, élémentaires et de bon aloi, sont en majorité calqués sur les précautions de base liée à l’utilisation du web. Comme par exemple d’imposer une limite d’âge, de limiter le temps de connexion, ou de ne pas laisser un enfant seul dans sa chambre avec un ordinateur. C’est déjà énorme. Mais clairement insuffisant. On y trouvera tout de même une infographie assez claire, listant en quelques phrases certains des principaux dangers.

infographic-geography-of-social-media-threats-fr

En ce sens, les conseils de Stéphane Koch, spécialiste de la sécurité de l’information, sont précieux. Il préconise notamment de garder à l’esprit trois conseils principaux :

  • Partager le nom et la date de naissance d’un enfant sur Facebook peut permettre à quelqu’un de lui voler son identité – ou de se l’approprier, dans l’espace numérique.
  • Publier des informations sur les déplacements quotidiens peut les mettre en danger.
  • Les photos intimes (et déshabillées) peuvent quant à elles être récupérées pour des usages criminels.

Conclusion

8ef6cbde-ac75-11e8-bb04-57fe3659c71a_1

Les réseaux sociaux font pleinement partie de notre société. En priver nos enfants reviendrait à les exclure d’une forme de vie sociale qui passe désormais par cela. Pour cette génération de « social media natives », comme on les appelle, il est naturel d’utiliser les différents réseaux sociaux, et ils n’auront aucune difficulté à comprendre et intégrer les codes de chaque application. Sans pour autant avoir conscience des risques et des conséquences possibles. C’est pourquoi il est de notre devoir à nous, parents, de nous tenir au courant des dernières évolutions, de rechercher les informations et de les guider dans cette jungle nouvelle…   pour nous.

Pourtant, il y a des aspects positifs dans les réseaux sociaux. Car en faisant partie d’une communauté, on se nourrit d’une appartenance à un groupe. En partageant des infos, souvent en primeur, on se sent utile et valorisé. On entre clairement dans le domaine de la désirabilité sociale. C’est à dire qu’on enjolive la réalité pour la rendre désirable et se mettre en valeur. En gros, on adopte la mode du crâneur 2.0. Au final, l’utilisation des réseaux sociaux, quoi qu’on en pense, aide les enfants et les adolescents à interagir, à entrer en relation les uns avec les autres. Il en découle une obligation de comprendre et d’intégrer les codes inhérents. Une forme de socialisation moderne, en somme.

Il y a donc un juste – et délicat – équilibre à trouver, entre l’apport bénéfique des nouvelles technologies et ses dangers potentiels. Le tout est d’en être conscient, de manière à les protéger, mais surtout de les aider à comprendre ce système, pour qu’ils y soient autonomes, en tout sécurité.

Sources:

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s